CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Célébration des journées et des années mondiales

Une petite vignette devenue un espace de militantisme


Classé parmi les premiers dessinateurs de timbres-poste de l’Algérie indépendante, l’artiste-peintre Ali Ali Khodja réalisera une maquette de timbre fortement symbolique pour célébrer la Fête du travail. Sur cette figurine émise le 1/5/1964 ont été représentés deux hommes en tenue traditionnelle bleue sur fond de couleur terre, l’un portant une bêche et l’autre un hoyau, qui ont l’air de festoyer pour exprimer leur joie de travailler.

Une notion devenue très rare de nos jours, où l’expression de cette joie de travailler est difficile à manifester, et où le travail lui-même est perçu comme une corvée, surtout lorsqu’il s’agit de la terre. Cette date aussi emblématique, qui marque la première célébration d’un événement aussi important dans la vie des travailleurs de cette belle époque, qui n’est plus fêté avec la même ferveur, inaugure une très longue série de célébrations des journées et des années mondiales dans le catalogue philatélique algérien.

Au point que des philatélistes spécialisés en ont fait une thématique à part entière qu’on peut classer comme étant la plus riche et la plus diversifiée. Durant les années 1960 et 1970, la réalisation des figurines sera confiée aux illustres noms dans le monde des arts plastiques en Algérie, à l’image de Ali Ali Khodja, Choukri Mesli, Mohamed Temmam, Ismaïl Samsom, Baya, Souhila Belbahar et Bachir Yelles, avant que d’autres noms ne prennent le relais à partir des années 1980, à l’instar de Kamreddine Krim, Tahar Boukeroui, Ali Kerbouche et Sid Ahmed Bentounes.

Après des débuts quelque peu timides, abordant les sujets de la coopération internationale, le tourisme, la météo et les droits de l’homme, les célébrations connaîtront leur période faste à partir des années 1970, avec la prise de conscience qui naîtra dans les pays nouvellement indépendants, notamment pour les problèmes de développement, d’éducation et autres faits de l’actualité inscrits sur les tablettes de l’organisation des Nations unies. Au fil des années, cette petite vignette dentelée de quelques centimètres carrés deviendra un espace très prisé de militantisme et de campagnes de sensibilisation.

C’est ainsi que la Poste algérienne s’intéressera à travers ses émissions à l’Année internationale de la lutte contre le racisme et la discrimination raciale (27/3/1971), à l’Année internationale du livre (15/4/1972) et à celle de l’enfance, décrétée en 1979. A partir des années 1980, le timbre algérien deviendra aussi un espace pour accueillir toutes les campagnes de sensibilisation et de prise de conscience des problèmes de l’environnement et des préoccupations de certaines catégories sociales. On notera surtout l’émergence de sujets qui reviennent avec une fréquence régulière, comme la Journée mondiale de l’arbre.

Cela apparaîtra dans une première série en 1981 (cèdres et cyprès), et une seconde en 1983 (sapin de Numidie et acacia raddiana) et plus tard, en 2004 (olivier et palmier dattier). Les femmes demeurent aussi bien «courtisées», à travers leur Journée internationale, sujet de trois timbres, dont un a été émis en hommage à Lalla Fadhma N’soumer (1830-1863), en plus d’une vignette consacrée à la Journée mondiale de la femme rurale, sortie en 1999.

Si on fait un retour sur toutes ces années ayant connu l’émission d’une centaine de timbres depuis l’indépendance à nos jours, on pourra dresser une liste d’une dizaine de grands axes, qui demeurent les plus en vue, à l’instar de l’éducation, l’enfance, la paix, les handicapés et la jeunesse. Il n’est pas aussi étrange de voir que le thème de la santé occupe la pole position, avec les campagnes menées depuis les années 1990 par l’Algérie, sous l’égide des programmes des Nations unies pour lutter contre le sida, la drogue, la toxicomanie, la consommation de tabac, le diabète et le cancer, mais aussi pour sensibiliser les citoyens à faire don de leur sang.

La thématique des célébrations liées à l’environnement a aussi pris de l’importance, ces dernières années, notamment avec des émissions réservées à l’eau, les forêts et la lutte contre la désertification. Curieusement, les émissions d’Algérie Poste restent encore fermées devant la culture, bonne dernière avec un seul timbre émis le 15/4/1972 à l’occasion de l’année internationale du livre. Depuis, plus rien, malgré le flot d’événements culturels célébrés à l’échelle internationale.

Par/S. Arslan

El Watan



07/02/2019
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