CHAOUKI-LI-QACENTINA

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EXPLORATION SOUTERRAINE À GHARDAÏA

Aghzou Noulous, une grotte mirage au Sahara

Le M'zab, porte du grand désert, évoque surtout le tourisme. L'un de ses joyaux très peu connu - et tant mieux d'ailleurs – est Aghzou Noulous qu'on peut traduire par « la grotte qui scintille ». Elle se présente comme un livre s'ouvrant pour raconter une histoire millénaire. Elle se trouve à El Atteuf et elle est pratiquement à ce jour, la seule importante cavité d'Algérie située le plus au sud.

El Atteuf ou Tajninte en berbère est apparue en l'an 1011, dans l'étendue de Oued M'Zab. Initialement, cette oasis se trouvait à Aoulaouel, à 4 km au nord-ouest, accrochée à une colline.

Sécurité oblige, elle fut déplacée pour des raisons de guerres et de rareté d'eau. D'ailleurs, c'est à partir d'elle que les sept villes de la vallée sont nées. Ce sont des actes de foi, dus à la communauté spirituelle ibadite arrivée à la fin de son périple. Ici, la mosquée, autant que l'eau ont donné un sens à cette présence. En traversant les palmeraies du Laytemza, on amorce un désert de pierres appelé reg ou hamada. La roche brulée témoigne de l'aridité du climat. Le paysage est constitué de petites chaînes de collines (ou taourir) et d'un dense réseau d'oueds jalonnés de cairns en guise de points de repères. Ces larges lits à sec ne fonctionnent qu'aux très rares périodes de crues. Ces dernières sont parfois spectaculaires.

Les couches tabulaires de ces oueds sont généralement étalées. Ces paysages ne laissent pas indifférent et soulèvent de nombreuses questions sur ce cadre général. Le relief de la dorsale du M'zab sépare radicalement cette vaste région du Sahara en deux compartiments, dont la «Chebka» est l'élément principal. Cette dernière est constituée d'une multitude incroyable de petites vallées qui ravinent ce plateau. C'est une empreinte bien propre, rebelle aux autres dispositions régionales. Ce vaste affleurement aux strates subhorizontales, remonte au crétacé, au temps où les dinosaures se dandinaient, il y a quelque cent millions d'années.

La circulation souterraine compte ici pour peu de chose, et le ruissèlement de surface a prédominé durant les phases humides. Le réseau des affluents était alimenté autrefois par des eaux provenant de l'Atlas saharien. L'étage supérieur de cette Chebka est presque entièrement calcaire. Cette roche est d'une teinte quasiment blanchâtre mais dissimulée par des sédiments « sahariens »riches en gypse. Donc, pour y accéder, il faudrait faire la chasse à ses indiscrétions et rares ouvertures pénétrables par l'homme. Là, d'intéressantes observations in situ, en profondeur, peuvent être réalisées. La croûte calcaire des terrains d'El Atteuf fait dresser les oreilles des spéléologues car elle est assez favorable à la formation des cavités naturelles. Ces terrains ont connu des bouleversements géologiques localisés, des détentes et décompressions exploitées par des fractures.

SUR LES TRACES DES ANCIENNES EAUX EN FURIE

C'est à la suite d'un voyage en avril 1986 pour observer le passage de la comète de Halley, que nous avons découvert pour la première fois l'une de ces grottes, une bien belle curiosité qui brille plutôt sous terre ! Elle s'appelle Aghzou Noulous et elle est située entre El Atteuf et Bounoura. Elle s'ouvre par un puits de 5 m à ras du sol, sur le flanc relevé d'un oued. Un fort courant d'air souffle de cet orifice et inverse sa direction selon les saisons en devenant tantôt chaud, tantôt froid. Plus bas, la galerie relativement étroite qui lui fait suite étouffe vite les derniers rayons de lumière. Le plancher de sédiments fins est parsemé de pierres. Les parois de la galerie, grignotées et perforées, présentent leurs couches en feuillets bien distincts où viennent se greffer des bourses, des ronflements assez caractéristiques en forme de poings.

Trois cheminées de quelques mètres de diamètre défoncent la voûte sans arriver à la crever. À ces formes se succèdent le long de cette galerie des coupoles - des creusements arrondis de la voûte - parfois enchevêtrées. Grace à cet indice, cette cavité peut être déjà considérée d'origine hydrothermale, c'est-à-dire creusée par des eaux chaudes. Une désescalade fait suite avec un fort courant d'air, une pente et des éboulis dus à l'effondrement du plafond formé de plaques. À proximité, une marmite de deux mètres de diamètre troue le plancher.

À 70 m de l'entrée de la cavité, la galerie amorce un tournant, s'évase et change de décors. Apparaissent alors de petits conduits latéraux elliptiques et d'autres micro-veines. Ceux-ci ont joué un rôle important dans la formation de la grotte par l'apport en eau et divers comblements. En plus du tuf pulvérulent qui recouvre toute la galerie, ici se trouvent des éboulis de plus grandes dimensions, de microcouches de parois teintées de rose et un plafond qui s'élève à 4 m. La zone finale de cette galerie est assez riche. Les eaux devaient être assez folles et tourbillonnantes pour creuser tous ces trous. Aux marmites du bas s'opposent des coupoles. Les derniers petits passages ne vont pas loin, mais l'un d'eux souffle fort. La nature de la nouvelle roche est un calcaire fin crayeux, sa faible densité est due probablement au gypse poreux ayant dissout les fossiles qu'il contenait.

Au fond de cette galerie supérieure qui s'étend sur 145 m, un puits étroit de 5 m fait jonction comme un cordon ombilicale avec un réseau inférieur.

Celui-ci est étincelant de blancheur, tout couvert d'une croûte de gypse de quelques centimètres. Évoluer dans ce boyau de cristaux qui ne cesse pas de briller s'apparente à de la fiction. La progression quadrupède s'impose. À gauche, un passage encore plus étincelant s'arrête au bout de 10 m. La suite est plutôt vers le nord, qu'on risque de perdre à cause de ce baume pour l'âme ! Mais la colère vient vite troubler ces sentiments face à d'affreuses inscriptions venant souiller cette partie du temple que les hommes n'ont pas édifié.

D'autres traces - celles-ci bien naturelles - de l'ancien niveau d'eau apparaissent à mi-hauteur avec une belle couleur sableuse. L'écoulement forcé de l'ancienne rivière qui a donné l'allure actuelle des vides de ce système a connu, des milliers d'années par la suite, un écoulement plus libre, à mi-hauteur.

Le boyau change de direction à deux reprises et comporte, comme la galerie supérieure, des coupoles et des micro-galeries latérales. En s'élargissant, l'endroit permet enfin une marche bipède. Une coupole prend alors son aise en atteignant les 4 m de diamètre. Ce carrefour offre bien les conditions nécessaires pour la formation d'une salle : intersection de quatre conduits en voie d'effondrement. Une pente douce mène à gauche vers le Mesrane, un boyau de 20 m exigeant une progression à plat ventre. Mais plus bas, un puits de 9 m stoppe apparemment l'exploration. En fait, cette verticale n'est que le reste d'une marmite de géant creusée par des eaux tourbillonnantes. Un amarrage à la margelle permet une descente sur corde en rappel. La suite est une pente agrémentée d'éboulis et de sévères étroitures négociables en rampant. Analogue au terminus de la galerie supérieure, cette fissure laisse échapper un courant d'air frais. La suite est un regard béant serré et impénétrable de 4 mètres. On y aperçoit des blocs lisses coincés ayant connu un écoulement d'eau récent.

UN ESPACE LOURD DE LYRISME MINÉRAL

La marmite de géant et sa suite ont dû fonctionner comme un ventre par où la cavité digérait et évacuait – après de longs broyages et corrosions – les blocs arrachés qui ont permis la formation de ce vide cavernicole.

Par ailleurs, les curiosités minéralogiques constituent l'un des centres d'intérêt d'Aghzou Noulous. Il y a d'abord le gypse qui recouvre pratiquement tout le réseau inférieur en croûtes dures et étincelantes. Il s'est déposé par des précipitations des eaux chaudes très chargées en sulfates. Par endroit, il brille de ses fins cristaux à facettes ou sous forme de fibres condensées étincelantes dans une niche qu'on a appelée à l'occasion mraya. Ailleurs, et sur un mètre carré de voute seulement, on y trouve de l'aragonite. C'est un autre genre de dépôt cristallin qui s'élance de ses fines aiguilles translucides. À la galerie supérieure, deux petites niches exhibent une matière assez bizarre. Un mélange fragile de matière cotonneuse et de poudre prenant parfois l'allure des stalactites. Une intéressante observation à élucider.

Cette grotte est aride. Sa température avoisine les 22 degrés, mais son taux d'humidité est faible. L'absence d'infiltration d'eau et l'inexistence de source de nourriture ont rendu le milieu peu favorable à la vie des bestioles cavernicoles.

Au niveau d’Oued M’ zab et dans la même région d'Aghzou Noulous, s'ouvrent deux autres cavités naturelles. La première est bien connue et s'appelle Aghzou N'fighar ou la grotte des serpents. Son puits d'entrée donne sur une galerie de 75 m de long entrecoupée de passages bas qui forment une suite de salles. Haut de deux mètres, le premier tronçon est tapissé de coulées de cristaux, stalactites et stalagmites qui se rencontrent parfois pour former des piliers en éventails et d'autres en rideaux. Comme sa voisine Aghzou Noulous, on y trouve des cheminées et coupoles avoisinants les deux mètres de diamètre ainsi que de gros ronflements de parois dans la zone d'entrée. Le plancher est tapissé d'un sable fin. Les couches ne sont pas visibles ni friables. La roche est du gypse massif dissous puis cristallisé en surface. Les parois sont recouvertes d'un enduit organique et argileux éphémère enlevant malheureusement tout éclat. Ceci est dû au fait que la cavité est périodiquement noyée, réagissant aux crues comme l'attestent certains indices. À l'inverse d'Aghzou Noulous, l'humidité est presque à saturation pour une température de 15 degrés. La faune est riche, en insectes notamment. En désobstruant l'étroiture du fond de la galerie, nous apparaît un cimetière de chauves-souris. Mais une petite colonie bien vivante occupe les autres lieux.

La dernière grotte explorée dans ce secteur est Ghar Zhar, baptisée ainsi parce que découverte par hasard. Son conduit est plus modeste et parfois étroit. Il s'étire sur 20 m de galerie de forme elliptique. Le parterre est formé de blocs et de sable humide. Les parois lisses trahissent l'effet de la corrosion et une formation en phase noyée.

Ce triptyque cavernicole offre d'intéressantes possibilités d'études comparatives. Seulement, le pèlerinage aux sources pose plus de questions que de réponses. Comme chez les Ibadites de la région, la présence de ces cavités n'est due qu'à la complicité d’Oued M’ zab. À une époque reculée, Aghzou Noulous fut un collecteur d'eau de l'oued, drainant une partie de ses écoulements superficiels. Mais après son creusement, la grotte s'est retrouvée perchée et inactive. D'ailleurs, la galerie supérieure se développe dans le sens de l'oued et prend un détour comme lui.

Quant à l'actuel puits d'entrée, il n'est qu'une cheminée qui, par rapport aux autres, a réussi à crever le plafond et apparaître ainsi au grand jour sous les coups de ses « moulins » d'eaux tourbillonnantes. C'est l'époque où ces grottes étaient de véritables rivières souterraines surmontées d'un bon couvert végétal. Les empruntes racontent une genèse qui a connue plusieurs phases traduisant des cycles climatiques. Une étude approfondie pourra ainsi donner de précieuses informations sur les anciens climats et l'environnement du passé. Mais il est vraiment dommage qu'on ne se souci pas à protéger ce patrimoine, car ces grottes d'El Atteuf subissent des actes de vandalisme. Même si leur portée nous dépasse, ces palais naturels qui remontent à la nuit des temps, méritent bien le respect, car ils ont une vie.

Rachid Safou

03/11/2011

safour@live.fr



05/11/2011
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