CHAOUKI-LI-QACENTINA

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La Grande Poste d’Alger sur les timbres

Un lieu emblématique de la Révolution du 22 février


Sur une photo prise lors d’une journée bien ensoleillée, relayée par les médias, apparaît au premier plan un important cordon d’agents de la brigade antiémeute, bien en place avec ses boucliers, faisant face à une foule de manifestants, décidés à investir les lieux. Derrière, on peut voir une imposante bâtisse blanche, qui n’est autre que la Grande-Poste d’Alger, lieu de rassemblement pour toutes les marches pacifiques à Alger.

Elle deviendra l’un des sites emblématiques de la Révolution du 22 février. Depuis ce jour, le perron et l’esplanade de cette belle bâtisse à l’architecture néo-mauresque ont accueilli des centaines de milliers d’Algériens de toutes les couches sociales et catégories professionnelles, venues de toutes les régions du pays pour manifester contre le régime dans une ambiance joyeuse.

C’est devenu comme un lieu de pèlerinage, où le peuple s’adonne désormais aux «rituels sacrés» de la liberté d’expression. Mais si le mouvement populaire a donné une portée symbolique au site, ce dernier, situé en plein cœur d’Alger, avait une longue histoire. Œuvre des architectes français Jules Voinot et Marius Toudoire, l’édifice de la Grande-Poste d’Alger a été construit en 1910 à l’emplacement d’une ancienne église anglicane remontant à 1870 sur l’ancien Plateau des Glières.

Il sera inauguré en 1913 pour abriter les services des anciennes PTT (Poste, Télégraphe et Téléphone), puis les Postes et Télécommunications à partir de 1959. Durant l’époque coloniale, ce vaste espace abritant la Grande-Poste et situé près du siège du gouvernement a toujours été au centre de l’actualité historique.

Il a abrité les festivités de l’Armistice en novembre 1918, puis les célébrations du centenaire de la prise d’Alger, en 1930, avant d’accueillir les troupes américaines lors du débarquement de 1942. Le bâtiment de la Grande-Poste apparaîtra régulièrement en arrière-plan sur les clichés marquant la Une des journaux dans les dernières années de la présence française en Algérie.

L’histoire retiendra surtout les manifestations en faveur de l’Algérie française, les événements de ce qu’on appelait «La Semaine des barricades», en janvier 1960, et surtout les incidents plus connus par «la fusillade de la rue d’Isly» (actuelle rue Larbi Ben M’hidi) survenue le 26 mars 1962, suite à la signature des Accords d’Evian. Le prestigieux édifice présente une magnifique façade ornée de trois arceaux et dotée d’une galerie supérieure formée d’arcades.

Son escalier en marbre mène vers trois grandes portes imposantes en bois. Le fondateur du comité du Vieil Alger, Henri Klein (1864-1939), décrit d’une belle manière l’intérieur de la bâtisse dans un article paru dans Feuillets d’El Djazaïr.

Il notera : «Ce qui frappe particulièrement, c’est cette coupole dont la superbe décoration en entrelacets rayonnants jaillit du centre, où s’attache un pendentif pour s’épanouir ensuite sur un premier cercle paré de pommes de pin, puis sur un second constellé d’étoiles, et enfin sur cette admirable couronne de stalactites.»

Principal repère architectural et touristique d’Alger-Centre, la Grande-Poste est devenue le monument populaire le plus représenté sur les cartes postales. Paradoxalement, il est très peu présent sur les timbres. Sa première apparition remonte au 23/1/1971, sur une figurine de 0,30 DA, émise à l’occasion de la Journée du timbre et imprimée chez le Suisse Courvoisier, d’après une photo de la recette principale.

On retrouvera cette belle bâtisse sur deux timbres-taxes (vert foncé et bleu) de 5 et 10 DA, sortis le 19/4/2006 et signés par Sid Ahmed Bentounes. Ces derniers n’étaient en fait qu’une vulgaire copie «scannée» et techniquement ratée, d’une carte postale intitulée  Alger illuminée – La Grande-Poste, éditée dans les années 1970 par la défunte Société nationale d’édition et de diffusion (SNED) sous le n° 526.

Ce plagiat nuisible à l’image du timbre algérien, dont El Watan s’est fait l’écho, fut découvert par Mohamed Achour Ali Ahmed et révélé dans le n°57 (mars-avril 2006) de la revue Philnews qu’il éditait à l’époque. La publication avait montré, preuves à l’appui, la présence, aussi bien sur la carte postale que sur le timbre, d’une Fiat 128 blanche, exposée sur le parvis de la Grande-Poste et qui fut à l’époque l’objet d’une tombola organisée par la Poste.

La dernière illustration de la Grande-Poste remonte au 30/6/2011 sur un timbre de Kamreddine Krim consacrer à la lutte contre le VIH du sida. Devenue la plus grande administration postale à l’échelle nationale depuis 1962, la bâtisse sera transformée en musée de l’histoire de la poste et des télécommunications en Algérie suite aux travaux entamés en juillet 2015. Il sera inauguré officiellement le 7 novembre 2017 par la ministre des PTIC et le wali d’Alger.

Par/ S. ARSLAN 

Le 25 AVRIL 2019

El Watan



14/05/2019
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