CHAOUKI-LI-QACENTINA

CHAOUKI-LI-QACENTINA

Le Boulevard Victor Hugo - Quartier Saint-Jean -Constantine


Autre " Bec fin " : La Bécasse

On ne peut parler du Boulevard Victor Hugo sans évoquer la rue Séguy-Villevaleix puisqu'il semble en être le prolongement ; la Place Béhagle en marque la séparation.

N'habitant pas Saint-Jean, j'ai moins d'attaches avec ces rues qu'avec celles de la vieille ville, que j'ai évoquées. Mais elles faisaient partie des chemins vers le lycée Laveran : elles contournaient le Coudiat, partant de la Place Lamoricière pour aboutir Place de la Pyramide dont le Lycée était proche.

Le Boulevard V. Hugo était le plus long chemin et je l'empruntais, pour le plaisir de marcher, lorsque j'en avais le temps, si les cours commençaient à quinze heures par exemple.

Il faut toujours revenir au sujet du Coudiat quand on parle de ces deux rues et de leur quartier. Nos grands-parents - et surtout nos arrière-grands-parents - avaient connu les temps héroïques avant le dérasement du Coudiat (1887). Auparavant, Saint-Jean était séparé du quartier Saint-Antoine - (situé entre la Gendarmerie et la rue de Verdun) – et tous deux recevaient stoïquement, depuis 1 859, des éboulements plus ou moins importants venus du Coudiat ! A la fin du XIX° siècle, ce fut la fusion des deux quartiers ; nous ne parlions plus de Saint-Antoine.

Ce qui deviendra le Boulevard V. Hugo était une sorte de rampe montant vers la Pyramide ; la pluie la rendait glissante et dangereuse. Les maisons ont eu cette particularité d'avoir leurs façades opposées, à des niveaux différents en raison de la déclivité du sol. Des petits escaliers raides étaient intercalés entre des îlots de bâtiments. Peu à peu des immeubles cossus alternèrent avec des maisons, petites mais néanmoins correctes. En 1902 on construisit les " Escaliers du Trésor " et des rampes d'accès en S pour soutenir le plateau du Coudiat après son dérasement. (N.B. Il y a une différence entre Dérasement et Arasement).

La rue Séguy-Villevaleix - du nom du premier maire entre 1 854-64 – avait le mérite de faciliter au maximum l'accès au Lycée si l'on s'en échappait par les Escaliers du Trésor, les rampes en S étant moins rapides. En son début, sur le côté du Garage Citroën, elle offrait, à droite, le spectacle pittoresque des rues que nous dominions, appuyées sur le parapet : l'Avenue Bienfait et celle du 11 Novembre. Nous n'avions guère l'occasion de les fréquenter à moins d'y habiter. Nous y passions, parfois, en voiture, puisque la seconde pouvait mener à Philippeville ou à la piscine de Sidi M'Cid. On pouvait les qualifier de " rues   laborieuses " - (Brasserie Wolf, Manufacture des Tabacs, Bois et Charbons de chez Aubertie etc …) pour la première ; et pour celle du 11 Novembre, également, avec le garage Vinson en contrebas du Casino, suivi d'ateliers et autres garages.

Après ce spectacle, nous nous trouvions sous des arcades. Contrairement à celles de la Rue Rohault de Fleury (vues précédemment), nous ne les trouvions pas attractives !

Sur le côté gauche de la rue, se succédaient maisons et boutiques diverses, un peu de confection, alimentation, fournitures pour autos ou garages ; mais nous marquions un arrêt appuyé devant le photographe Gonzales, pour admirer (ou critiquer !) les portraits exposés. Et la façade du Palais Consulaire avait belle allure

Ces autres arcades

Quand nous arrivions Place Béhagle, ce dégagement aérait notre chemin. Certes nous n'avions pas l'âge de tomber en contemplation devant les vitrines de Maschat (électro-ménager) mais à l'occasion, elles attiraient nos parents. Le Temple Protestant était beau à voir avec sa façade sobre et élégante. Elle avait été, en quelque sorte, « plaquée « sur un immeuble qui, depuis plusieurs années, servait au culte ; sa couleur d'un rose ocre particulier, était agréable à voir.

Merci à " hm9d78 " - La statue date de 1 909

La Statue et le Temple Protestant

Nous ne nous attardions pas devant le monument placé au centre de la place et pourtant … Ferdinand de Béhagle méritait bien une pensée. Parti en mission d'exploration – (entre 1 896 et 1 899 ?) - vers le Chari et le lac Tchad, avec trois compagnons, il fut fait prisonnier à Dikoa ; Rabah le fit exécuter le 15-10-99. Je ne sais le sort de ses compagnons : Ali Ben Ferhat, Toussaint Mercuri et Lakdar Ben Messaoud.

Après cette place, la rue devenait un petit carrefour avec notamment, la rue Pinget à gauche ; les deux restaurants qui s'y trouvaient avaient une certaine réputation : « Le bec fin » et « Le Guillaume Tell ».

Mais à cette bifurcation, commençait le Boulevard Victor Hugo – (les riverains avaient préféré le nom du poète qui venait de mourir, à celui de Mac Mahon dont le souvenir ne ralliait pas les suffrages). Il s'intitulait lui-même « Le spécialiste du cadeau le plus réputé de l'Est Algérien » (sic)

On y trouvait en effet TOUT ce qui pouvait orner une maison Bon-chic-Bon-genre, à l'époque !  (Le genre d'ornements que l'on remplace de nos jours, avec une facilité à pleurer, par l'inévitable photo de Marylin «traficotée» par Andy Warhol, escortée naturellement, par des photos de gratte-ciel).

Le choix était grand ; c'était donc un régal de se choisir - fictivement - un cadeau prestigieux parmi les bibelots, les porcelaines, l'argenterie, les cristaux, les tableaux, la maroquinerie de luxe ...

Le Boulevard Victor Hugo

Le boulevard était coquet, bordé d'arbres, équipé de magasins offrant aux habitants : boucherie, charcuterie, pâtisserie, vins et liqueurs. Mais nos deux arrêts n'étaient que pour Ladybell et Mary-Lise. Je n'ai pas énuméré les professions libérales et autres qui existaient là, comme dans toute rue importante.

Et quand nous arrivions à la Place de la Pyramide, le Lycée était tout proche. Nous avions fait une agréable promenade dans un quartier qui nous changeait du nôtre.

Il faut dire que Saint-Jean était comme un grand village où tout le monde semblait se connaître. Pour moi, c'était une parenthèse charmante et dépaysante, de contourner le Coudiat par n'importe lequel des itinéraires que j'ai évoqués. Mais le retour du lycée s'effectuait toujours par le chemin le plus rapide : les fameux escaliers du Trésor !!!

P. S. Mes fidèles Amis, Arlette et Guy C. me rappellent - et je les en remercie - qu'un marché se tenait, le matin, sur les trottoirs du Bd V.H. Il est vrai que je naviguais plutôt les après-midi !

Notes

La Rue Séguy-Villevaleix est devenue la Rue Boudjeriou Messaoud et le Bd Victor Hugo se nomme : Mohamed Belouizdad.

Par// Michèle Pontier-Bianco

Publié le 14 septembre 2019

Source//  les 4 éléments



19/10/2019
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 76 autres membres