CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Le sud algérien sur les timbres-poste (6e partie et fin)

Une histoire longtemps occultée


Depuis des siècles, l’histoire a toujours été un éternel recommencement. Une vérité facile à démontrer par une formule simple et logique, sachant presque avec certitude que la logique est comme un arbre qui pousse rarement en Algérie, même avec des engrais bio et de l’eau traitée. C’est ainsi qu’en vertu d’une certaine «logique historique» non enseignée dans les manuels de mathématiques, ni dans ceux d’histoire, le pouvoir algérien a décidé d’imposer «son histoire officielle» au lendemain de l’indépendance.

Une histoire qui a longtemps marginalisé le Sud algérien. En fouillant dans le catalogue philatélique algérien, on tombe malheureusement sur une triste réalité. Durant 55 ans d’émissions, les timbres traitant de cette thématique sont des «perles rares», comme s’il ne s’est rien passé, depuis au moins la conquête française jusqu’à nos jours, dans cette vaste étendue qui représente plus de 80 % de la superficie du pays, et dont le sol recèle des richesses inestimables.

La plus vieille de ces «perles», tirée comme une pièce archéologique d’un profond tiroir poussiéreux et plein de crasse est celle qui a vu le jour le 12/2/1997, pour célébrer avec une avance de 15 jours, le 35e anniversaire des manifestations populaires de Ouargla, survenues le 27/2/1962. La figurine, dessinée par Sid Ahmed Bentounès, représente des Algériens en train de manifester en portant des drapeaux. Une image qu’on a l’impression d’avoir déjà vue ailleurs.

Cette commémoration tardive est une regrettable «bévue historique», qui apparaît comme une tache noire sur la fresque de la résistance des Algériens à la colonisation. Ces Algériens sont sortis dans les rues de Ouargla pour exprimer leur engagement pour l’indépendance de leur pays et leur refus de la séparation du Sahara du territoire national. Comme une découverte n’arrive jamais seule, on retrouve au fond d’une vieille armoire le portrait à l’ancienne d’un homme au visage impassible, au regard serein, d’une élégance impeccable, avec veste grise, cravate et chemise blanche.

Moufdi Zakaria est jusqu’à ce jour l’unique personnalité culturelle originaire du Sud, particulièrement de la région du M’zab, portée sur une figurine postale. Le père de l’hymne national Qassaman, sorti de l’anonymat grâce à un timbre réalisé par Kamreddine Krim émis le 17/8/1997 à l’occasion du 20e anniversaire de sa mort, demeure encore un illustre inconnu.

Comme le fut l’histoire des essais nucléaires français dans le Sahara, toujours frappés du sceau du secret, après les dégâts immenses causés à la population et à la nature. Jusqu’à ce jour, on ne saura pas grand-chose sur les 57 essais réalisés par la France entre le 13/2/1960 à Reggane et 1966 (même durant les premières années de l’indépendance de l’Algérie). Une autre vérité dont on ne parlera jamais, surtout que d’autres sites dans le Hoggar ont été choisis pour ces opérations.

L’unique hommage sur un timbre rendu aux victimes des essais nucléaires dans le Sahara algérien a eu lieu le 10/2/2018. La figurine réalisée par Sid Ahmed Bentounès coïncide avec le 58e anniversaire de l’opération «Gerboise bleue», effectuée dans la région de Hammoudia. Le mauvais sort semble aussi frapper des pages entières de l’histoire de ce Sahara, dont les populations ont manifesté une résistance farouche contre l’armée française durant les premières phases de la colonisation.

On attendra 36 ans pour se rappeler de la résistance des Zaâtcha (1848-1849) sur un timbre émis le 20/5/1998, signé par Sid Ahmed Bentounès. Une toile frappante et choquante d’une des phases sanglantes de la conquête de l’armée française dans la région des Ziban évoquée dans une précédente chronique.

Comme un malheur n’arrive jamais seul, une récente émission, sortie le 5 juillet dernier, consacrée aux résistances populaires, a réservé deux timbres à Bennacer Benchohra, chef de la résistance dans la région de Laghouat, et Cheikh Amoud Ben Mokhtar, dans le Hoggar.

Une émission qui a pris les allures d’un véritable scandale de plagiat révélé par notre ami Mohamed Achour Ali Ahmed dans une contribution pertinente avec preuves à l’appui, parue dans l’édition d’El Watan du 26 juillet dernier, sans qu’aucun responsable du ministère des PTIC ait daigné bouger le petit doigt. Comme quoi le virus du plagiat qui continue de porter un sérieux coup à la réputation du timbre algérien a encore de beaux jours devant lui.

Par/ Arslan S.

El Watan



22/11/2018
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