CHAOUKI-LI-QACENTINA

CHAOUKI-LI-QACENTINA

Grottes préhistoriques de Constantine

Des merveilles naturelles à découvrir


La ville de Constantine n’est pas uniquement le Vieux rocher, les huit ponts et les Gorges du Rhumel. Classée parmi les sites uniques au monde, l’antique Cirta regorge de merveilles naturelles encore méconnues de nombreux Constantinois.

Parmi ces sites, le rocher de Sidi M’cid, qui se dresse au nord, comme un frère jumeau de celui qui abrite la ville-citadelle, dont il est séparé par le ravin, n’a pas livré tous ses secrets.

A partir de la cité Emir Abdelkader (Ex-Faubourg Lamy), un lieu connu pour ses nombreuses carrières désaffectées, qui portent encore les noms de Gance, Lentini et Alexandra, leurs anciens exploitants durant l’époque coloniale, on prend le sentier menant vers Fedj Errih (Le Col du vent) à plus de 680 m d’altitude.

Le site offre un vue magnifique sur la route de la corniche et la vallée de Sidi M’cid en bas, mais aussi la localité de Bekira au nord, avec ses interminables chantiers de logements. Le rocher de Sidi M’cid s’élève comme un imposant mastodonte de pierre. On n’aurait pas connu ce site sans notre guide, Chaouki Djeghim, spéléologue, membre fondateur du club Spéléoman de Constantine, passionné de découvertes et d’explorations.

Après une demi-heure de marche sur un terrain parsemé d’arbres de cactus, on monte une pente raide et glissante vers l’ouest, pour se retrouver devant la Grotte des mouflons. Une entrée large d’une dizaine de mètres s’ouvre sur une caverne qui se prolonge sur une profondeur de 42 m. La hauteur varie entre 3 à 12 m.

Elle diminue au fond, pour ne laisser qu’un petit passage vers une seconde chambre plus haute truffée de nids de chauves-souris. Une fois à l’intérieur, on est impressionné par l’ambiance de ce lieu naturel, l’obscurité, le sol accidenté, les parois rocheuses couvertes de couches de cristaux. L’air est humide et la température clémente.

De l’eau fraîche descendant des parois du rocher forme une petite nappe au sol. La Grotte des mouflons, appelée aussi Kahf Edhlam (la caverne obscure) est encore à l’état brut, non entretenue, ni aménagée pour des visites touristiques. La présence humaine se fait remarquer. Des gens viennent y passer la nuit.

Les traces d’un feu allumé sont visibles, mais aussi des graffitis. «Les feux allumés ici ont causé des dégâts à la paroi de la grotte ; la forte chaleur et le froid ont fait éclater la roche à l’intérieur», explique Chaouki Djeghim. On imagine déjà la vie du premier homme qui habitait les lieux 45 000 ans avant J-C. «La grotte doit son nom aux ossements des mouflons fossilisés qui ont été découverts durant la période coloniale, notamment une tête de mouflon exposée aujourd’hui au Musée national Cirta de Constantine», explique notre guide.

 

Du silex dans la Grotte des Ours

A 200 mètres de la Grotte des mouflons, juste en bas, et dans le même rocher de Sidi M’cid, surplombant la voie ferrée menant vers Skikda, parallèlement à la route de la Corniche, ont est devant une autre merveille naturelle : la Grotte des Ours, appelée aussi «Ghar Zahar» (la grotte qui gronde).

C’est Arthur Debruge, un commis principal des Postes, passionné de préhistoire et membre de la Société archéologique de Constantine, qui a exploré le lieu pour la première fois en 1907. Dans ses notes, ce dernier le décrit comme «une grotte vaste et spacieuse, de plain-pied, ne mesurant pas moins de 60 mètres de longueur et 6 mètres de largeur moyenne avec une hauteur parfois assez considérable.

En raison de ses proportions, l’ouverture principale, située au nord, a un certain caractère majestueux». Lors des fouilles, Debruge avait recueilli des objets en silex remontant à la période néolithique, preuve que l’homme avait habité cette grotte, ainsi que des ossements de plusieurs espèces d’animaux, notamment des ours, d’où son appellation. L’analyse de ses découvertes sera confiée à l’éminent zoologiste et préhistorien Paul Pallary, connu à l’époque comme le «doyen de la préhistoire de l’Afrique du Nord». Dans ses conclusions, Pallary notera :

«L’homme n’a pu habiter que temporairement cet abri qui a dû servir alternativement de repaire à l’ours des cavernes et de demeure à l’homme. A moins encore que l’occupation de la caverne par l’ours soit antérieure à celle de l’homme».

Pour rappel, cette grotte figurait sur le parcours du chemin tracé par les guides montagnards durant l’époque coloniale, où plusieurs sites préhistoriques de la ville de Constantine étaient visités par de nombreux touristes étrangers. Une activité qui s’est poursuivie même après l’indépendance et qui cessera pendant la décennie du terrorisme. La grotte des Ours a subi un grave bradage ces dernières années, après avoir été squattée et transformée en étable.

 

Des légendes à la Grotte des Pigeons

Sur le boulevard Zighoud Youcef (ex-boulevard de l’Abîme), en passant par la première passerelle, apparaît à droite une voûte dans le rocher, descendant jusqu’en bas dans la falaise qui domine le site de Sidi M’cid. C’est la Grotte des pigeons, une des curiosités touristiques et scientifiques de la ville durant l’époque coloniale. Les Français avaient commencé à s’intéresser au site, qu’ils avaient découvert à partir de la caserne de la Casbah, dès la fin du 19e siècle, mais l’accès y était difficile et risqué. C’est suite à la réalisation en 1916 du boulevard de l’Abîme, avec ses tunnels, que l’exploration de cette grotte est devenue possible.


La même année, un escalier fut construit pour relier le boulevard de l’Abîme à la grotte qui se divise en deux parties : l’une principale, de 12 m de largeur et autant de hauteur, et une seconde de moindre importance, regardant à l’ouest. Encore une fois, c’est grâce à Arthur Debruge, que nous avons pu connaître l’historique de cette grotte. «Lorsque, pour la première fois, par un moyen de fortune, il me fut possible d’accéder à cette grotte, j’eus aussitôt l’impression qu’elle réserverait une surprise et que l’homme y signalerait son passage, comme pour ainsi dire dans toutes les grottes», notait-il dans le volume n°50 du recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de Constantine, paru en 1917.

De nombreuses légendes ont été cultivées par les anciens Constantinois autour de cette grotte, qui aurait servi comme nécropole. Certains disent que vers le fond existe un gouffre où on entend couler l’eau, d’autres ajoutent que les bougies s’y éteignent et qu’il existe certaines communications souterraines pouvant s’étendre assez loin. Aujourd’hui, cette grotte, dont les escaliers sont fermés, est dans un piteux état.

Un bijou de la nature en plein centre-ville

A quelques encablures de la place du 1er Novembre (Ex-La Brèche), juste à l’entrée de la rue Larbi Ben M’hidi, se trouve l’ancien Hôtel de Paris. «C’est en creusant dans le sol pour la construction de cet hôtel en 1907 que les Français découvrent par hasard une magnifique grotte dans le rocher, abritant des formations en cristaux d’une extrême beauté, un véritable bijou de la nature», nous révèle Chaouki Djeghim. La grotte, appelée Ras Eddouames, sera aménagée en lieu touristique.

Un escalier en colimaçon descend vers le sous-sol de l’hôtel. Il se termine sur des marches en pierre, qui donnent accès à un petit lac, bien éclairé, où les visiteurs pouvaient faire un tour sur une petite barque contre la somme de 50 centimes de l’époque. Un véritable plaisir pour les amoureux de grottes merveilleuses. Le lieu est devenu aussi célèbre, attirant des foules de toute l’Algérie. Mais il sera fermé en 1939, et ne sera jamais rouvert. Il tombera finalement dans l’oubli après l’indépendance. Rares parmi les vieux Constantinois sont ceux qui se rappellent de cette grotte. «Après plusieurs tentatives et grâce au propriétaire de l’hôtel, j’ai réussi à organiser une exploration de la grotte le 28 novembre 2014», décrit Chaouki Djeghim.

«Bien que j’aie découvert un site d’une extrême beauté, avec des cristaux sous forme de choux, j’ai trouvé la grotte dans un état de dégradation indescriptible, mais le plus choquant dans tout cela est l’état du petit lac, qui a été envahi par les eaux usées», poursuit-il. Pour Chaouki Djeghim, les grottes naturelles de Constantine sont un véritable trésor qu’il convient d’exploiter. Il revient aux autorités de les réhabiliter et de les aménager pour en faire une belle destination touristique

Par/Arslan Selmane

El Watan



06/08/2016
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