CHAOUKI-LI-QACENTINA

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L'ALGÉRIE SOUTERRAINE Les dénicheurs des ténèbres


Les dénicheurs des ténèbres

Quelle est en Algérie l'activité qui n'a pas de spectateurs, qui se pratique dans le noir et qui demeure hélas dans le noir ? C'est la spéléologie. Si nous consultons le dictionnaire, il nous apprendra que spélaion signifie caverne et logos discours. Mais l'expression est controversée. Certains lui préfèrent le qualificatif de spéléologie. Quant à nous, nous optons pour le diminutif spéléo, plus facile à retenir, reflétant la nature dominante de l'activité, sans le logos qui fait plus science et élitisme. L’activité spéléologique ouvre pour l'environnement, un univers d'investigation très appréciable. N'empêche qu'on retrouve cette discipline à la croisée des chemins avec ses aspects sportifs, scientifiques, culturels et même économiques. Peut-être que c'est à cause de toutes ces directions prises qu'elle est perdue de vue. Il est intéressant de rappeler qu'une tranche importante de l'histoire de l'homme est liée aux cavernes. Les premiers habitants et explorateurs sont les animaux, tels l'ours et l'hyène des cavernes. Ceux-ci ont poussé leur curiosité parfois vers des coins les plus surprenants et reculés. Menacé par le froid et grâce à la découverte du feu, l'homme a réussi à les chasser et à prendre leurs places. Utilisés d'abord comme refuges, ces lieux nous ont laissé des traces de croyance, rites et pratiques diverses. L'environnement au temps de nos ancêtres est d'ailleurs assez instructif. L'époque romaine par exemple, nous a légué un nombre considérable de vestiges. Un large éventail de l'industrie archéologique du Tell a pour sites les grottes. L'homme, chez nous comme ailleurs, y a consacré des vestiges sous formes de statuettes, dessins, autels … La région qui foisonne le plus est sans conteste l'Est du pays. Mais on s'étonne de ne pas trouver des traces de récits, d'explorations ou d'études datant de la civilisation musulmane qui pourtant s'intéressait à la nature. Certes, nos ancêtres avaient peur de ces bouches d'enfer. Mais cela ne les a pas empêché parfois d'en extraire de l'argile pour leurs travaux de poterie, de salpêtre pour en faire de la poudre à canon … Ghar Sidi Bakou aux Bibans est connu jusqu'à nos jours par ses vertus thérapeutiques. Bien sûr, on n'est pas au stade des stations hospitalières de Hongrie. Les Ibadites de la vallée du M'Zab ont utilisé ces espaces confinés comme sanctuaires. Ibn Khaldoun au Sersou a écrit sa Mukadima … Parfois, de véritables explorations furent montées à la lueur de simples touffes d'herbes sèches. Quant à la France coloniale, elle s'est penchée surtout sur l'exploitation des eaux souterraines. Mais c'est durant la guerre de libération que les cavernes furent utilisées et explorées le plus, par les moudjahidine qui pratiquaient la spéléo sans le savoir. Les spéléo modernes furent néanmoins les scientifiques, à l'image des archéologues et des biologistes. Des explorateurs, aventuriers et autres sportifs ont pris le relais par la suite pour mieux propulser cette discipline dès les années 1930. De grandes découvertes, certaines d'envergures mondiales, étaient réalisées en Algérie par les colons. Les techniques étaient lourdes. On descendait dans les gouffres par exemple à l'aide d'échelles encombrantes. L'armée appuyait ces expéditions. Et on ne peut rester qu'admiratif devant certains de leurs résultats et récits. Ils s'étaient attaqués à tous les genres : grottes, gouffres, rivières souterraines. Ils ont dressé des inventaires. La guerre de libération a bloqué les recherches. Ces dernières furent reprises timidement aux années 1960. La reprise sérieuse a eu lieu aux années 1970 avec l'arrivée des coopérants. En côtoyant ces fouineurs, de jeunes algériens ont pris le relais. Dans des conditions dures, nos spéléologues tentent néanmoins de décrocher des résultats. De l'Est à l'Ouest, les reliefs passent par toute la gamme des cavités possibles et imaginables avec parfois des records d'Afrique et du monde. Un véritable pèlerinage aux sources, physiquement et intellectuellement.

 Rachid Safou 

14/03/2011

safour@live.fr



14/03/2011
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