CHAOUKI-LI-QACENTINA

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LA GROTTE DU TIDJER DANS LE DJURDJURA

Je suis heureux de pouvoir donner aux nombreux et assidus lectures du Bulletin de la Société archéologique de Constantine, les primeurs d'une description si non complète, tout eu moins assez détaillée d'une grotte explorée dans le Djurdjura par M. Puyon, propriétaire à Tazmalt, qui a bien voulu joindre à une lettre explicative adressée à M. Masson, notre collègue, les trois photographies qui figurent eu cours de ce récit.

La grotte du Tidjer est située aux environs de la route de Tazmalt à Michelet près d'Ain-Zebda (la source du beurre) et un peu au-dessus du chemin dit des Mines.

En été, alors que le haut Djurdjura est le lieu de rendez-vous de tous les troupeaux indigènes, si vous cherchiez un guide parmi les nombreux bergers kabyles qui s'y trouvent, pas un ne consentirait à vous conduire "Au Trou du Mort". il y a, parait-il, des tas de légendes qui courent sur son compte. Depuis combien d'années ce corps repose-t-il en cet endroit, nul ne le sait el ne peul ou ne veut le dire.

L'entrée de la grotte est d'un accès très difficile.

Il faut grimper cent mètres de roches verticales el être exempt de tout vertige. Elle se compose de quatre grandes salles superposées 1es unes eux autres et reliées entre elles par des couloirs. Elles enraient environ 10x20 de largeur avec des plafonds d'une quinzaine de mètres de hauteur.

De grosses colonnes de stalactites et de stalagmites ornent ces selles. Toutefois, étant donnée l’obscurité qui y règne et la lumière de fortune employée par M. Puyon, lors de son exploration, il se peut fort bien que les dimensions ne soient pas l'exactitude même Il faudra une étude approfondie de la grotte el avec de plus amples moyens pour avoir une donnée tout à fait juste de ses dimensions.

A cent mètres environ de l'entrée existe un puits. Une lampe descendue par M. Puyon au bout d'une corde arrivait au solide après trente mètres de descente.  Cependant, en lançant dans ce puits une pierre friable, après le bruit fait par cette pierre en touchant la partie qui arrêtait la lampe, d'autres morceaux cognant contre les parois du puits doivent aller, sans doute plus profondément puisque le bruit de leur chute est encore entendu au bout de plusieurs secondes.

Comme toujours, la légende indigène veut qu'un trésor fabuleux soit caché au fond de ce puits!

On remarquera sur la planche II, donnant l'entrée de la grotte, un figuier sauvage qui pousse les racines dans le haut de la grotte. L'effet en est tout à fait original.

Il existe dans le parcours de la grotte deux passages difficiles Après la troisième grande salle se trouve un étranglement. Il faut descendre quatre mètres environ en passent sur une dalle en faux aplomb, soudée par quelques dépôts de calcaire à la paroi de fa grotte, puis par un trou de la largeur, d'un mètre environ. L'on arrive alors sur une glissière au bas de laquelle se trouve la dernière grande salle située au-dessous de la précédente.

A cet endroit, à la suite d'une rupture d'une partie de la voûte, qui parait récente, une faible clarté pénètre.

Cette ouverture donne sur le Nord, mais pas plus intérieurement qu'extérieurement, il n'est possible d'y accéder.

Enfin, dans un recoin de cette dernière selle dont le plafond va en s'abaissant, reposant sur un lit de sable se trouve un corps momifié.

Dans une salle du Musée d'Alger, nous dit M. Puyon, une main est exposée; une pancarte indique qu'elle provient de la momie trouvée au Djurdjura.

Il doit y avoir erreur et c'est à tort qu'on la donne comme venant du Tidjer.

Cette main brune, décharnée, entourée de bandelettes est une main droite, alors que la momie du 'I'idjer à laquelle la main gauche a été enlevée ne possède pas de bandelettes el rien autour du corps n'indique un restant quelconque d'étoffe.

Le corps de cette momie, admirablement conserve (mars 1923), est d'une blancheur légèrement jaunie, les plus petits muscles sont très visibles. Cet homme était dans la force de l'âge. Une partie de la peau de la cuisse gauche a été détachée et les matières liquides en s'évaporent ont laissé intacts tous les tissus des chairs qui ressemblent à une éponge.

Autre fait curieux: si l'on presse du doigt sur le biceps ou toute autre partie du corps, la partie pressée reprend immédiatement sa position normale après le loucher comme si quelque restant de vie existait encore dans ce corps. Y a-t-il eu embaumement? C'est plus que douteux. Le corps ne dégage en tous cas aucune des odeurs caractéristiques que l'on trouve chez les momies égyptiennes. A-t-il été déposé là? Tombé accidentellement, dans le puits d'entrée d'abord, s'est-il trainé jusqu'à l'endroit ou il repose pour venir y mourir dans des souffrances que l’on devine et à quelle époque?

Ce qui semblerait donner un semblant d'exactitude à notre hypothèse est que le corps à une attitude l'réelle de souffrance et les muscles de son cou sont encore très tendus.

Dans un autre recoin, à droite du corps, se trouvent d'autres ossements moins bien protégés des eaux d'infiltration de la voûte el noyés dans du calcaire.

Un fait nous frappe. C’est que depuis les temps les plus reculés, les indigènes nomment cette grotte le "Trou du Mort".

D'autres personnes, sans nul doute, sont descendues dans cette grotte bien avant notre aimable correspondant.

Il est en tous cas certain, étant donnée l'Impossibilité absolue d'en sortir sans aide de cordes et d'échelles, qu'aucun carnassier n'a pu y pénétrer. Le corps ne porte du reste aucune trace de morsures. Par qui la main gauche a-t-elle été enlevée? Toutes les suppositions sont possibles tant que le premier profanateur de cet original tombeau ne se sera pas fait connaître et ne nous donne de plus amples détails sur ses premières investigations,

Pour le moment, la parole est à l'ami et collègue Debruge, notre grand et scientifique historien des grottes du département de Constantine; je ne veux pas terminer ce trop simple résumé de la grotte du Tidjer sans remercier bien sincèrement M Puyon de son obligeance et de son aimable collaboration.

Je dois ajouter que M, Puyon se met à la disposition de tout membre de la société qui voudrait explorer cette grotte, abstraction faite pourtant d'accompagnement de Dames, ce qui laisse supposer les difficultés que pourrait susciter la nervosité du beau sexe dans les ascensions et descentes de la grotte qui a, parait-il,

250 mètres de profondeur.

MORRIS,

Président de la Société archéologique.

 

Recueil des Notices et mémoires de la Société Archéologique

                                                                                     Historique et Géographique

54ème volume de la collection années 1922 1923 Constantine.



23/01/2011
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