CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Les forts algériens sur les timbres

Toute une histoire à dépoussiérer

Il y a des dates dans l’histoire de l’Algérie qui reviennent chaque année pour être noyées dans des cérémonies et des célébrations protocolaires insensées. Ce qui fera rater une belle occasion pour rappeler aux jeunes générations des faits perdus dans l’indifférence totale.

Finalement, c’est l’histoire qui sera la grande perdante. On citera par exemple la date du 3 juillet 1830, qui reste méconnue pour la plupart des Algériens. Pourtant, elle a été décisive pour l’expédition française en Algérie, avec la prise du Fort de l’Empereur, plus connu à l’époque par Bordj Moulay Hassan.

Un fait qui mènera à la chute de la ville d’Alger, le 5 juillet 1830, soit 21 jours seulement après le débarquement des troupes françaises à Sidi Fredj, à 25 km à l’ouest d’Alger.

Cette forteresse ottomane, située au sommet de Coudiat Essaboun (la colline du Savon), au sud d’Alger, était le dernier rempart qui protégeait la ville contre les assauts. Son histoire remonte au XVIe siècle, quand son édification fut décidée par Hassan Pacha, Bey d’Alger et fils de Kheiredine Barberousse, fondateur de la Régence d’Alger, après le siège de la ville par les armées de l’empereur germanique Charles Quint en 1541.

C’est d’ailleurs en l’honneur de ce dernier que les Français, par vengeance historique, lui donneront le nom de Fort de l’Empereur. Après des décennies d’oubli, l’histoire de ce lieu sera rappelée sur un timbre réalisé par Ali Kerbouche et émis le 15/2/2010. Il figure dans une série qui compte également une figurine du célèbre Fort Gouraya, à Béjaïa.

Une œuvre militaire française réalisée en 1833, même si des sources affirment qu’il s’agit d’un ancien fort espagnol qui remonte au XVIe siècle, reconstruit après la prise de la ville par les Français. Culminant à 672 m, il tire sa popularité du mausolée de la sainte protectrice de la ville, Yemma Gouraya, destination des milliers de visiteurs chaque année.

On rappellera tout de même que la thématique des forts, qui demeure l’une des moins fournies dans le catalogue philatélique algérien, avait été déjà entamée par une série parue le 21/9/2005, avec trois timbres dessinés par Ali Kerbouche. On y trouve le Fort du Phare, ou Bordj El Manar, dont des sources indiquent qu’il aurait été construit par des Andalous à la fin du XVe siècle sur une île à l’ouest d’Alger pour servir de phare.

Il subira plusieurs modifications pour devenir l’une des plus importantes fortifications de la ville au XIXe siècle. Une seconde vignette de cette série a été consacrée au Fort de cap Matifou, plus connu aujourd’hui par Bordj Tamentfoust. Une structure dont la construction remonte à 1661 sous le règne d’Ismaïl Pacha.

Ce même fort subira aussi des aménagements après avoir été la cible de bombardements de la marine française en 1682 et 1683. Plusieurs tentatives ont échoué pour prendre ce site qui protège le port d’Alger. La ville d’Oran sera présente dans cette émission grâce au Fort Santa Cruz ou Bordj El Djebel.

Un site construit par les Espagnols au sommet de la montagne de Sidi Aïdour, qui domine le port et la cité de Sidi El Houari. Le fort le plus célèbre de la ville, devenu aujourd’hui une importante destination touristique avec la chapelle qui se trouve en contrebas, a subi les nombreux assauts des Turcs, conduits par le bey Bouchelaghem, qui réussira à libérer la ville en 1708. Dans la mémoire collective oranaise, le Fort Santa Cruz reste lié au plat populaire de la calentica, connu populairement par la karantika ou la garantita, très consommée à Oran.

Il est préparé sous forme d’un gratin à base de farine de pois chiches, de sel, d’eau et d’huile. Plusieurs versions attestent que ce plat, dont le nom, caliente, provient de l’espagnol, et qui veut dire chaud, aurait été préparé dans ce fort assiégé en 1703, par un cuisinier espagnol qui, manquant de ressources alimentaires, aurait mixé les dernières réserves de pois chiches restées dans les caves de la fort, donnante naissance à ce plat, qui deviendra l’un des symboles d’El Bahia.

Le dernier fort à faire son entrée dans le catalogue philatélique est celui de Bordj El Kiffan, ou forteresse des précipices, représenté par Ali Kerbouche sur un timbre à usage courant.

Une fortification qui a été érigée par les Turcs en 1556 pour mieux contrôler la baie d’Alger du côté est et protéger la ville contre les tentatives d’incursion. Si depuis l’indépendance on s’est limité à illustrer une demi-douzaine de forts sur des figurines postales, l’Algérie en compte une bonne cinquantaine, qui demeure encore dans un état de conservation acceptable. Des sites encore méconnus, bien qu’ils soient chargés d’histoire. Une histoire à dépoussiérer.

Par/S. ARSLAN 

Le 04 JUILLET 2019

El Watan



09/07/2019
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