CHAOUKI-LI-QACENTINA

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L’orient sur les timbres algériens

Amours difficiles et mariages arrangés


Entre l’Algérie et l’Orient, il y a toujours eu des histoires de mariages d’amour et de raison, mais aussi des amours difficiles, contrariés, et parfois même des mariages arrangés.

Cela se fait et se défait au gré des humeurs des hommes politiques et des chefs d’Etat, qui se comportent comme des pères autoritaires, en décidant à la place de la mariée. Si on se laisse aller à faire de l’humour philosophique, ou de la philosophie avec un soupçon de dérision, on pourrait dire beaucoup de choses sur les émissions philatéliques algériennes sur l’Orient.

Comme dans les séries égyptiennes aux fins généralement heureuses, que la Télévision algérienne a juré de ne plus diffuser depuis les incidents de 2009, cela commence par une belle campagne lancée en 1964 par l’Unesco, pour sauver les monuments de Nubie, dont le célèbre temple d’Abu Simbel, au pays des pharaons, menacés par les eaux du barrage d’Assouan.

C’était à l’époque «antique» de Ben Bella, l’un des premiers Algériens tombés sous le charme de l’Egypte, depuis qu’il était membre de la délégation du FLN au Caire. Ben Bella aurait pu même devenir un grand égyptologue s’il n’avait pas choisi de faire des cours de politique par correspondance. Mais comme à cette époque la Poste algérienne ne pouvait faire autrement, elle sera emballée dans cette campagne de solidarité mondiale par l’émission de deux timbres, sortis le 28/6/1964.

Le premier, d’une valeur de 0,2 DA, a été dessiné par Gandon, qui a choisi de représenter un guerrier sur un char dans le désert. Le second, d’une valeur de 0,3 DA, a été réalisé par Cottet qui a illustré le temple d’Abu Simbel sur fond jaune. Les deux figurines portaient le sigle de l’Unesco, comme ce fut le cas pour les émissions consacrées à ce sujet dans plusieurs pays. Une idée ingénieuse pour faire la promotion de l’histoire de l’Egypte, même si la catastrophe qui menaçait le pauvre Abu Simbel, dérangé après des siècles de quiétude passés au soleil, est la conséquence de l’un des plus grands paradoxes politiques dans l’histoire de l’humanité.

Après la décision du président Nasser de construire le plus grand barrage en Afrique avec l’aide des «amis» russes, ce sera finalement l’argent des «impérialistes» américains qui viendra à la rescousse de l’Unesco pour sauver ce patrimoine. L’Egypte sera également présente sur un troisième timbre émis le 27/12/1975 pour célébrer le millénaire de l’université d’Al Azhar. Mais en réalité, il n’y avait pas que ce pays sur le catalogue philatélique algérien. La Turquie a fait son apparition sur un premier timbre sorti le 17/12/1966, dessiné par Mohamed Racim, illustrant Barberousse dans une posture de conquérant, suivi le 26/6/1971 d’un autre réalisé par Bachir Yelles, consacré à la mosquée Ketchaoua, construite par les Ottomans en 1612 sur le «plateau des chèvres», d’où son nom turc «Ketchaoua».

La présence turque apparaît aussi sur des timbres du palais du dey d’Alger (1975), des cours des demeures d’Alger (1986 et 1996) et du palais du bey de Constantine (2015). Or, à Alger, on regarde autrement l’histoire entre les deux pays. Plus de 500 ans après l’arrivée des frères Barberousse à Alger, Ahmed Ouyahia, énarque et grand expert de l’histoire de l’Empire ottoman, mais qui n’a pas été témoin de l’incident de l’éventail, avait demandé en 2011 aux «amis» turcs de «cesser de faire de la colonisation de l’Algérie un fonds de commerce».

Ouyahia répondait au brave et gentil Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre turc qui, en décembre 2011, avait accusé la France d’avoir commis un génocide en Algérie durant la période coloniale, au moment où le Parlement français adoptait la loi sur le génocide arménien. Le brave Erdogan avait-il tort d’être méchant avec les Français, qui n’étaient pas gentils avec les Algériens en adoptant la loi du 23 février 2005 ?

Le Premier ministre algérien ira même plus loin, en rappelant des vérités historiques oubliées, comme le fait que la Turquie, membre de l’OTAN, «avait voté à l’ONU contre la question algérienne de 1954 à 1962» pendant la guerre d’indépendance contre la France. Mais, finalement, qu’est-ce qui peut charmer la Poste algérienne dans la Turquie ? La réponse est parvenue au mois de février dernier, lorsque le brave et gentil Recep Tayyip Erdogan est venu à Alger pour l’inauguration officielle de la mosquée Ketchaoua avec le président Bouteflika.

Le gouvernement turc avait fourni 7 millions d’euros pour financer la réhabilitation de ce patrimoine. Le pauvre Erdogan, qui attendait patiemment cet événement, reviendra bredouille et surtout très déçu. Bouteflika a décidé d’inaugurer seul la mosquée officiellement le lundi 9 avril 2018. Il a choisi d’écrire seul cette page de l’histoire. Jusqu’à ce jour, la Poste n’a prévu aucun timbre pour commémorer cet événement pour ne faire aucune allusion aux «amis» turcs.

Par/S. ARSLAN

El Watan



30/12/2018
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