CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Petits métiers dans la vieille ville (Fin)

Tout au long de ces promenades dans ces ruelles tortueuses et malaisées, ce sont les découvertes de mille petits métiers insoupçonnés qui sont tout l'artisanat du pays : sur le pas de porte d'une cave béant sur la rue, un réchaud rudimentaire. Dans une grande écuelle de métal, une masse sirupeuse, écarlate, bouillonne pesamment ; en bas, sur un grand marbre, une pâte brillante, d'un vert translucide, s'étale tandis qu'à grands coups de spatule, le confiseur en ramène les bords sur le centre : c'est ici que se fabriquent des quantités de sucettes, pipes, baguettes de sucre d'orge à bon marché qui vont faire les délices des enfants gourmands.


Loukoums

Plus loin, dans un renfoncement où l'homme a peine à se tourner, voici un soudeur. Un tuyau à gaz, un soufflet actionné au pied, c'est là le chalumeau de cet ouvrier minutieux qui soude une infinité de paillettes de métal pour en faire des chaînettes qui, une fois dorées, deviendront des tours de cou, des colliers peu onéreux.

Là, dans un sombre atelier rempli de fumée et de vapeur aussi irritantes que celles d'une locomotive passant sous un tunnel, tels des fantômes, des hommes s'affairent autour de grands cuveaux en ébullition sous lesquels les foyers ardents mettent des taches infernales. Armés de longs bâtons, ils semblent des démons d'Apocalypse.   Brusquement l'un d'eux retire de la cuve, au bout de son bâton, une masse dégoulinante, puis il apparaît à la lumière, brandissant un énorme écheveau de laine filée dans quelque maison. Il va le suspendre à même la porte tandis que la teinture brune, en s'écoulant, vient ajouter sa trace sur le bois multicolore ; teinturerie artisanale à laquelle recourt encore un peuple resté fidèle à la fabrication familiale des burnous, cachabias et tapis - laine brute des moutons, filée à la quenouille tout au long des journées mélancoliques, derrière les grands murs sans fenêtres parfois ...


Teinture de la laine - Gravure ancienne

Et les échoppes se succèdent au long des rues, découvrant des métiers inattendus, des commerces invraisemblables où l'esprit inventif et industrieux réalise d'étonnantes créations : fabrication en séries de minuscules cafetières à long manche (djezous) servant à la préparation du café maure, de lampes à huile pour l'éclairage, là où l'électricité n'arrive pas, de petits bidons en fer blanc, toute une foule d'objets taillés bien souvent dans de vieilles boîtes de conserve de récupération. Et l'on trouve des réparations en tous genres par des forgerons spécialisés dans la confection de socs de charrues, de longs sabots effilés de fer forgé, d'anneaux d'attelage, de ferrures pour ânes et mulets.


Carte postale ancienne

Par les rues et les impasses, les marchands de fruits et légumes établis en plein vent, les bureaux de tabac et les étalages de mille pacotilles alternent avec des cafés et des gargotes où l'on peut manger à bon marché. Par ci, par-là, des vendeurs de vieux effets exposent leurs " occasions " à bout de bras et de tout jeunes enfants détaillent des cigarettes à la pièce, lançant d'une voix claire : gouara !      Gouara !

Enfin, débouchant sur une rue de la ville, on passe brusquement d'un monde dans un autre, comme au sortir d'un rêve et l'on retrouve la rue, la grande rue qui ressemble à toutes les autres et où l'on n'a plus envie de s'arrêter.

Par/A. Bianco

Algérie mon beau pays



22/11/2018
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