CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Ponts de Constantine et Gorges Du Rhumel (2e partie et fin)

Une histoire fabuleuse sur des vignettes postales


En poursuivant notre balade sur les rives du Rhumel, dans la ville de Constantine, à travers les timbres du bloc feuillet historique réalisé par Ali Kerbouche et émis le 22/11/2008, on arrive sur le pont de Bab El Kantara, illustré sur la vignette de 20 DA. Connu pour être «le doyen» ou «l’aîné» des ouvrages qui font la notoriété du Vieux roché, il est célèbre pour son histoire qui demeure des plus fabuleuses. Durant de longs siècles, il était l’unique accès vers la ville à partir de l’autre rive du Rhumel.

La construction du premier pont dans ce site remonte au 2e siècle de notre ère, sous le règne de l’empereur Antonin Le Pieux. Des vestiges de cette passerelle en pierre existent encore et sont visibles sous l’actuel pont d’El Kantara. Durant son existence, le pont d’Antonin subira des dégâts lors des multiples sièges de la ville. Pour faire face aux attaques des ennemis, le gouverneur de Constantine, Ibn El Amir, ordonna sa destruction en 1302. La ville restera durant 488 ans sans aucune passerelle qui puisse la relier à l’autre rive du rocher.

Elle devra attendre la décision de Salah Bey (1771-1792) de reconstruire le pont en 1790. Malheureusement, Salah Bey, qui sera pendu le 1er septembre 1792 à la prison de La Casbah après sa destitution par le Dey d’Alger, ne verra pas le pont d’El Kantara, achevé par son successeur Hossein Bey. On peut voir également cet ouvrage sur les deux timbres rouge et vert sortis respectivement en 1984 et 1991 dans la série «Vue d’Algérie avant 1830».

Ce pont sera, en novembre 1836, le théâtre du premier siège de la ville par les troupes de l’armée française commandées par le général Clauzel. Une opération qui connaîtra un échec total. L’ouvrage, dont une bonne partie s’effondra en 1857, à peine 20 ans après la prise de la ville par les Français, sera démoli et reconstruit.

Le nouveau pont, long de 128 mètres, doté d’une arche unique en fer d’une portée de 56 m, à une hauteur de 125 m au-dessus du ravin, sera inauguré en 1867. Sur la figurine du bloc feuillet dessiné par Ali Kerbouche, on peut voir le pont représenté à partir du chemin de la Corniche, faisant apparaître les immeubles de la rue Larbi Ben M’hidi, ex-rue Nationale, plus connue par «Trik jdida», entamée à partir de 1844.

Après le pont d’El Kantara, on arrive au pont Sidi M’cid, représenté sur le timbre de 10 DA dans le feuillet d’Ali Kerbouche. Situé à 170 m au-dessus du Rhumel, il est le plus haut de la ville. Il est de loin celui où l’on sent mieux la grandeur des gorges du Rhumel. Une beauté à savourer sans modération. En bas, le paysage donne le vertige. L’angle de prise de vue du pont à partir du chemin menant vers le Monument aux morts offre un magnifique panorama sur la ville et le ravin.

On peut voir au fond à droite la caserne de La Casbah, puis un peu plus bas vers la gauche, sur la rue de la Belgique, la grande bâtisse du lycée Rédha Houhou (ex-lycée d’Aumale), l’un des premiers en Algérie, ouvert en partie en 1858 et achevé totalement en 1883. En descendant un peu plus bas, on est dans le quartier Echaraâ, que Salah Bey avait créé pour «cantonner» les juifs de Constantine.

Pour l’ingénieur français Ferdinand Arnodin (1845-1924), concepteur de plusieurs ponts suspendus en France, le pont de Sidi M’cid, qu’il a réalisé à Constantine, a été une expérience à part. Les vieilles photographies qui ont immortalisé les travaux de cet ouvrage, avec des ouvriers travaillant sur des échafaudages de fortune, au bord du rocher, étonnent de nos jours.

Lorsqu’on prend conscience des conditions de travail entre 1905 et 1912 et des moyens rudimentaires de l’époque, on réalise qu’il s’agissait vraiment d’un grand exploit. Le pont sera inauguré le 19 avril 1912, le même jour que celui de Sidi Rached. Plus de 150 ans après la construction du pont d’El Kantara (1867), qui sera suivi par d’autres, les Constantinois ne peuvent recevoir leurs invités sans leur faire visiter ces merveilles, qui demeurent toujours la fierté de la ville.

Par/S. Arslan

El Watan



31/01/2019
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