CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Célébration des centenaires

Personnalités oubliées et culture marginalisée

 

Fêter un centenaire sur un timbre-poste a toujours été un événement philatélique très attendu par les passionnés de nombreux pays. C’est devenu même une tradition philatélique bien ancrée. Partout dans le monde, on accorde tellement d’importance aux dates historiques marquantes, qu’il est impensable de ne pas en consacrer une émission postale.

Passée souvent discrètement, cette thématique très instructive semble avoir de la chance de figurer dans le catalogue philatélique algérien à travers une quinzaine d’émissions. Mais cela ne nous empêche pas de déplorer que l’administration postale ait souvent péché par manque de tact, en ignorant de nombreux centenaires dans l’histoire nationale.

Reconnaissante pour ses missions humanitaires, notamment durant la Guerre de Libération, l’Algérie ne ratera pas la célébration du centenaire de la Croix-Rouge internationale, fondée en 1863, sur une figurine réalisée par Ali Ali Khodja et émise le 8/11/1963. Une série qui a coïncidé avec le 9e anniversaire de la Révolution.

Ne voulant pas déroger à une règle sainte disant qu’on n’est guère mieux servi que par soi-même, la Poste a décidé de consacrer une première émission de deux timbres au centenaire de l’Union internationale des télécommunications (UIT), sortis les 19/9/1965 et dessinés par Ali Ali Khodja, avant qu’une autre émissions, réalisée par Mohamed Temmam, ne paraisse le 12/10/1974 pour commémorer le centenaire de l’Union postale internationale (UPU).

Dans le même volet, une autre figurine d’Ali Mechta paraîtra le 21/2/1976, à l’occasion du centenaire de la 1re liaison téléphonique établie le 10/3/1876. Comme première aberration dans cette thématique, on soulèvera que la première personnalité qui s’est vu célébrer le centenaire de sa naissance n’est pas algérien. Un fait dont on n’a jamais compris les raisons, en dépit de l’importance avérée dans l’histoire de l’humanité d’un homme comme Lénine. La photo de ce dernier sera portée sur un timbre émis le 29/8/1970 et imprimé en ex-URSS.

Les décennies passeront, mais on ne verra pas d’émissions pour le centenaire de la naissance de Abdelhamid Benbadis (1889-1940), Bachir Ibrahimi (1889-1965), mais aussi des personnalités historiques comme Ahmed Ben Bella (1916-2012), auquel un important colloque international fut consacré «sous le haut patronage» de Bouteflika.

On oubliera aussi Mustapha Benboulaïd (1917-1956), dont le centenaire de sa naissance est passé sous silence. La première consolation surviendra le 22/5/1983, avec l’émission d’un timbre de Mohamed Temmam, en hommage à l’Emir Abdelkader (1807-1883), qui verra la célébration du centenaire de sa mort.

Le même Emir Abdelkader sera gratifié d’un bloc-feuillet inédit renfermant trois timbres, réalisé par Sid-Ahmed Bentounes, sorti le 15/12/2007, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Comme s’ils n’avaient jamais existé dans l’histoire de leur pays, les autres chefs de la résistance populaire contre l’occupation française resteront toujours dans les oubliettes. On citera Lalla Fadhma N’soumer (1830-1863), Chérif Boubaghla, mort en 1854, Bennacer Benchohra (1804-1884) et d’autres.

Par audace, la Poste ne manquera pas quand même de rendre hommage en 2009 au Français Louis Braille, pour le bicentenaire de sa naissance, alors qu’elle aurait dû le faire pour ce qu’il avait fait pour les non-voyants. Un seul événement scientifique de portée universelle a été célébré sur un timbre réalisé par Kamreddine Krim le 18/3/1982 pour le centenaire de la découverte du bacille de la tuberculose. Comme s’il s’agissait de l’unique découverte importante dans l’histoire de l’humanité !

On ignore encore à ce jour que le parasite responsable du paludisme avait été découvert en 1880, à Constantine, par Alphonse Laveran. Ce qui lui avait valu le prix Nobel de médecine en 1907. Cet événement ne sera jamais célébré sur un timbre. La Poste se distinguera pourtant dans les centenaires liés à l’histoire des sports, comme celui du CIO le 23/6/1994, du volley-ball (14/6/1995), des Jeux olympiques (24/1/1996) et de la FIFA (21/5/2004).

L’université d’Alger demeure l’unique institution qui figure dans ce «inventaire», à l’occasion de son centenaire porté sur un timbre émis le 11/5/2009. Comme elle avait été, de tout temps, le parent pauvre de toutes les célébrations, la culture algérienne, très riche pourtant de par son histoire, ses hommes et femmes, n’a eu droit qu’à deux timbres dans ce volet : un premier consacré au centenaire de la naissance d’Abdelkrim Dali, le 16/11/2014 et un deuxième pour celui de Mouloud Maâmeri, le 28/12/2017. Vraiment regrettable.

Par/Arslan Selmane

El Watan le 03.05.2018



01/08/2018
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