CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Des noms et des lieux

La place de la brèche, 179 ans d’histoire


Le vendredi 13 octobre 1837 à 7h30, une colonne de l’armée française, commandée par le lieutenant-colonel Louis Juchault de Lamoricière, surnommé Bou Chéchia, réussit à pénétrer dans la ville de Constantine à travers une brèche ouverte dans les remparts, après une intense canonnade.

La suite est connue. Cette date, qui a scellé le sort de la ville, marqua la naissance d’un lieu qui resta durant des décennies le cœur battant de Constantine. Erigée en esplanade durant les premières années de la colonisation, la place de la Brèche aura ses contours avec l’ordonnance du 9 juin 1844, qui verra la démolition de la partie haute de la ville pour la construction d’immeubles de style européen, laissant la partie basse aux autochtones.

Le site, baptisé plus tard Place Duc de Nemours (du nom du commandant des troupes du siège de 1837), connaîtra une évolution fulgurante avec le percement de la rue de France en 1851, la rue Damrémont (actuelle rue Si Abdellah) en 1852, et la Rue Nationale, future rue Clemenceau (actuelle rue Larbi Ben M’hidi) en 1865. L’aménagement de la place, avec la démolition des remparts et des Portes de Bab El Oued et de Bab Djedid, lui donnera une nouvelle configuration.

En 1883, un théâtre est construit sur les ruines d’une ancienne caserne des janissaires, suivi plus tard par un marché couvert juste à côté. Les immeubles montent, les hôtels aussi. Deux squares voient le jour de part et d’autre du boulevard Pierre Liagre (actuellement allées Benboulaid). Sur cette place, la ville aura sa Grande poste en 1908, avec le siège du Crédit foncier (actuelle BNA), puis le Palais de justice en 1918, la Banque d’Algérie (actuelle Banque centrale) en 1926. Suivra un autre aménagement avec la réalisation du boulevard Joly de Brésillon (Bd Zighoud Youcef) et de l’actuelle esplanade au-dessus du marché couvert, qui fut jadis un square bien fleuri.

Les Français préparaient une célébration fastueuse du centenaire de la prise de la ville en 1937. L’administration française ne manquera pas d’ériger une colonne surmontée d’un coq pour commémorer la prise de la ville, à l’endroit même de la brèche ouverte dans les remparts. Si le coq et la colonne ont été démontés après 1962, le socle existe encore jusqu’à ce jour. Le 16 avril 1940, des milliers de personnes se rassemblèrent sur cette place pour suivre le cortège funèbre de l’imam Benbadis.

La Place de la Brèche, qui abritait les célébrations des fêtes religieuses, vit au rythme des attentats et des rafles à partir du 8 mai 1955. C’était le début de la longue bataille de Constantine. Le 5 juillet 1962 et les jours qui suivirent, marqués par la joie euphorique de l’indépendance, resteront à jamais gravés dans la mémoire des Constantinois qui ont vécu cette époque.

Devenue place du 1er Novembre mais gardant son nom colonial, elle connaitra des évènements marquants tels le décès du défunt président Houari Boumediene en décembre 1978, la qualification des Verts au Mondial de 1982. Plus de 50 ans après, ce lieu emblématique de la ville n’a pas connu de grands bouleversements, sauf d’éternels travaux de trottoirs et un tunnel creusé en 1986 qui n’a servi à rien.

Par/Arslan Selmane

El Watan



19/10/2016
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