CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Emission de 2004 à l’effigie des rois numides

Quand la politique s’en mêle


Aussi loin qu’on remontera dans le temps, en fouinant dans le catalogue philatélique algérien, on ne cessera de découvrir des tas d’aberrations. Autant on ne peut s’empêcher de faire des réflexions sur la relation «psychologiquement» complexe entre le timbre algérien et l’histoire. Dans un pays à l’histoire millénaire, avec des siècles de luttes contre les occupants romain, byzantin et vandale, la Poste algérienne semble avoir réalisé tardivement que ce territoire qui s’appelait «la Numidie» n’était nullement une province romaine, car il avait bel et bien ses rois et son histoire. Ce que tout le monde revendique aujourd’hui. En faisant toujours de l’histoire, on se rappelle qu’à l’époque pas très lointaine de feu Ahmed Ben Bella, cette même administration avait consacré, en 1964, une émission de deux timbres à l’opération menée par l’Unesco pour la sauvegarde des monuments de la Nubie, dont le fameux Temple d’Abu Simbel.

Rien que pour faire plaisir aux «frères» égyptiens. Alors que la menace qui pesait sur le «brave» Abu Simbel était la conséquence du projet du Grand barrage d’Assouan, construit par les mêmes Egyptiens sur le Nil. Une telle émission serait impensable de nos jours, après le triste épisode footballistique du 14 novembre 2009, que les Algériens n’ont pas encore oublié. Même si la Télévision algérienne ne diffuse plus de feuilletons égyptiens.

Dans toute cette histoire (encore), on ose quand même poser une question. Pourquoi ce désintérêt devenu comme une maladie chronique et presque incurable pour notre propre histoire ? Au moment où le catalogue philatélique algérien regorge d’émissions sur les mosaïques et les vestiges de l’époque romaine, dont on a recensé pas moins de 19 timbres ? Même si on n’a rien contre ces Romains, avec qui nous partageons beaucoup de bons et de mauvais «trucs» propres aux Méditerranéens. Mais comme il y a toujours un mais, il faudra attendre cette fatidique année 2004 pour s’apercevoir de cette vérité historique des rois numides.

Ainsi, une émission de cinq timbres de 5 DA chacun à l’effigie des rois Massinissa, Miscipsa, Jughurta, Juba I et Juba II, dessinée par Sid Ahmed Bentounes, fera son apparition le 31 mars 2004. Une deuxième question se pose : pourquoi cette année précisément ? La réponse réside, en fait, dans la date choisie par la Poste, coïncidant avec la campagne électorale de Bouteflika qui s’est présenté pour briguer un deuxième mandat. Dans son numéro 47 paru en mai 2004, la revue philatélique Philnews, éditée par Mohamed Achour Ali Ahmed, rapporte avec pertinence les circonstances de la parution de cette émission.

Alors que la campagne présidentielle algérienne tire à sa fin, un fait délibéré n’ayant rien à voir avec une coïncidence est venu marquer ses derniers jours. «Toujours est-il que le timing choisi pour la sortie de ces timbres est loin d’être innocent. Nous sommes le samedi 20 mars 2004, Ghania Houadria, directrice générale d’Algérie Poste est l’invitée du Journal télévisé de 20h. Elle présente cette émission comme faisant partie du programme de 2004. Visiblement mal informée, car cette émission ne figure pas dans la première mouture de ce programme qu’on peut consulter d’un simple clic sur le site internet d’Algérie Poste et adressée aux receveurs des bureaux de poste sous la référence : UPW/EP/40/2004» lit-on dans Philenews. L’auteur de l’article poursuit :

«Deuxième couac : Houadria avait rattaché cette émission au 19 mars, Fête de la Victoire, mais aucune vente Premier jour ne fut organisée à cette date. Finalement, les cinq timbres seront mis en vente le 31 mars. Ce jour-là, le Président-candidat était en visite à Tizi Ouzou. En pleine campagne électorale, comment ne pas y voir un clin d’œil à l’électorat kabyle», dans une région qui a toujours enregistré les plus forts taux d’abstention dans ce genre de rendez-vous. C’est ainsi que cette émission, apparemment anodine, fut instrumentalisée à des fins politiques.

Une semaine plus tard, soit le 8 avril 2004, Bouteflika succèdera à lui-même, réalisant «un score royal», face à son concurrent direct, Ali Benflis. Un scénario à la soviétique qui servira pour une longue série imposée aux Algériens pendant 20 ans, et que l’on veut faire durer encore.

Par/Arslan Selmane

El Watan le 17/05/2018



01/08/2018
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