CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Hommages aux martyrs

Un véritable débat byzantin


Cela fait des années que le débat «byzantin» perdure sur les hommages à rendre aux martyrs de la Révolution algérienne, qui demeurent toujours absents «officiellement» sur les timbres nationaux, 56 ans après l’indépendance.

Certains commencent même à croire à un véritable tabou qui s’enracine au point de présenter les symptômes d’un «malaise freudien». Cette réflexion s’est imposée d’elle-même suite au malheureux épisode de l’émission pressentie pour la journée du chahid célébrée le 18 février dernier, qui avait fait le «buzz» parmi les collectionneurs de timbres algériens.

Les philatélistes algériens avaient pourtant cru de bonne foi à une première historique où des martyrs de la guerre de Révolution allaient être réunis dans une émission de timbres-poste, alors qu’ils l’ont été rarement de leur vivant. Il s’agissait de vignettes qui devaient illustrer des portraits de Mustapha Ben Boulaïd (1917-1956), Didouche Mourad (1927-1955), Zighoud Youcef (1921-1956), Larbi Ben M’hidi (1923-1957) et Amirouche (1926-1959). Finalement, le rendez-vous historique tant attendu n’aura pas lieu.

Ce qui confirme que l’histoire philatélique algérienne est désormais une longue série de ratages, conséquences des humeurs de certaines personnes adeptes des discours pompeux, mais jamais concrétisés. Pourtant, et selon des informations bien confirmées, les maquettes des timbres auraient été bel et bien finalisées et prêtes, sauf qu’une mésentente de dernière minute entre les services du ministère des PTIC et ceux des moudjahidine a fini par faire capoter l’événement philatélique de l’année qui devait marquer cette célébration abritée par la wilaya de Tamanrasset.

Une question se pose quand même sur l’utilité de soumettre l’histoire de la guerre de Libération aux ennuyants et ennuyeux protocoles d’usage entre deux ministères, empêtrés dans des «querelles byzantines», pour tirer nos valeureux martyrs d’une amnésie qui dure depuis près de six décennies.

Pourtant, il était si facile de le faire à plusieurs occasions d’une manière quasi anonyme, comme ce fut le cas pour le martyr Taleb Abderrahmene (1930-1958), dont le nom n’a même pas été porté sur le timbre commémoratif de la Journée nationale de l’étudiant, réalisé par Sid-Ahmed Bentounes et émis le 19/5/2003.

Enfin, combien d’étudiants de nos universités peuvent aujourd’hui reconnaître le portrait de ce brave jeune artificier de la Zone autonome d’Alger durant la fameuse Bataille d’Alger. Taleb était promu pourtant à une carrière brillante, mais il a préféré se sacrifier pour son pays. Il est mort guillotiné le 24 avril 1958 à la prison Barberousse, alors qu’il avait à peine 28 ans. Cela fera bientôt 60 ans. Le même sort d’anonymat a été aussi réservé à Aïssat Idir (1915-1959), dont le portrait avait illustré un timbre de Sid-Ahmed Bentounes, émis le 24/2/2006 pour célébrer le 50e anniversaire de l’UGTA.

Le comble de l’ironie a été atteint le 8/5/2010 quand pour célébrer le 65e anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, on avait porté sur le timbre l’image du jeune Saâl Bouzid, premier martyr de ces événements, sans aucune mention. C’est dire que les concepteurs de nos timbres-poste ont une manière assez drôle de voir et d’estimer les valeurs historiques de leur propre pays. Une attitude qu’il est difficile de classer.

Par/Arslan Selmane

El Watan



05/03/2018
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