CHAOUKI-LI-QACENTINA

CHAOUKI-LI-QACENTINA

La " Ville des Ponts "


El Kant'ra - Longueur : 128 mètres - Hauteur au-dessus du Rhumel : plus de 120 mètres

Si Constantine mérite son nom de "Rocher ", elle mérite aussi l'autre dénomination que beaucoup lui donnent : "Ville des Ponts". Pouvait-il en être autrement pour les liaisons indispensables avec les débordements des faubourgs par-delà la grande coupure naturelle des gorges ? Ayant poussé jusqu'à l'extrême bord des gouffres, des précipices et des ravins, la ville européenne devait indubitablement sauter dans le vide et s'étaler au-delà.

L'une des premières entreprises françaises fut de consolider le seul pont existant : " El Kant'ra", qui signifie en langue arabe "le pont". Nous avons fait un horrible pléonasme en le nommant  " le pont El-Kantara «. Survivance de l'époque romaine, ce pont d'Antonin était en bien mauvais état, mais ses bases solides semblaient défier le temps. Aussi le Bey Salah en fit il entreprendre la restauration en 1792 - (Architecte : Bartolomeo) - . Plus d'un demi-siècle après, en 1857, il s'écroula et des milliers de pierres allèrent se fracasser au fond du ravin, l'écho répercutant ce bruit infernal.


Sculptures du pont romain

Seules les bases demeurèrent. Sur les grosses pierres taillées, on voit encore une Vénus et également deux éléphants se heurtant de front, sculptés dans le calcaire. Il ne restait plus aux Français qu'à le reconstruire : un grand pont de pierre fut lancé. Ses flasques de fonte portaient dans les moulures un grand " N " entouré d'une couronne de lauriers, marquant la date de sa reconstruction, sous le règne de Napoléon III, achevée en 1865.

Les malheurs de ce pont n'étaient pas finis.  En plein jour de l'été 1948 - (voir note de MPB) - alors que rien ne laissait prévoir la catastrophe, l'une des flasques de fonte se détacha d'un bloc et, dans un fracas terrible, alla se briser au fond des gorges causant la mort de malheureuses victimes qui se trouvaient à ce moment, dans la zone d'éclatement du métal. Du même coup, la conduite d'eau fut emportée, les lignes téléphoniques arrachées. 

Un parapet fut improvisé en hâte et, de projet en projet le pont fut remis en chantier en l'élargissant. La deuxième flasque métallique ayant disparu, le pont 1952 sera une grande voie mettant un trait d'union entre ces deux parties du berceau de la ville européenne : la partie basse de la rue Georges Clémenceau et le Faubourg d'El Kantara où se trouvent les plus anciennes des maisons européennes.


Plaque commémorant la reconstruction sous Napoléon III

 


La double porte fut supprimée en 1922 - Ses restes seraient apposés sur la falaise, route de la Corniche.

 

Note

 Je n'ai pas trouvé la confirmation de la date (1948)

                                                                               MPB

Vers la fin du dix-neuvième siècle, une liaison était jetée sur le ravin, sensiblement à la hauteur de " la brèche " : le Koudiat Sidi Aty, décapé à la pelle et à la pioche, ses terres allèrent remblayer le fossé profond qui le séparait de la ville. La voie était ouverte, les faubourgs Saint-Jean et Bellevue dépassaient très vite le petit plateau où subsistaient encore, du temps de ma jeunesse studieuse, de gros tas de blocs de grès rouge et du conglomérat - nommé poudingue - sur lesquels j'ai fait mes premières armes d'observation des minéraux.


Le Coudiat Sidi Aty et le Faubourg Saint-Jean

Aujourd'hui, de grands blocs de ciment armé ont occupé toute la place, noyant dans leur masse "l’E.P.S." de mes jeunes années ; elle-même, rajeunie et débaptisée se fait appeler maintenant : Collège Moderne.

Très vite, le Pont - (El Kant’ra) - devenait insuffisant et le début de notre siècle voyait se réaliser deux ouvrages d'une grande hardiesse : la Passerelle Sidi M'Cid dont nous avons déjà parlé et, à l'autre extrémité des gorges, le grand pont de pierre de Sidi-Rached, du nom de la mosquée qui dresse son minaret tout près de "la Grande Arche".


Pont de Sidi-Rached - Longueur : 447 mètres - 27 arches - la plus grande : 107 mètres au-dessus du ravin

 

Note

Architectes : R. Eyraud et P. Séjourné

Ce viaduc aux vingt-sept arches, en plein cintre, passe les gorges d'une seule enjambée de quatre-vingt mètres, sa longueur totale atteint presque quatre-cent-cinquante mètres. Vers la ville, il semble retenir dans sa courbe les vieux quartiers pittoresques dévalant dangereusement vers les bords du précipice.


La Médina nommée " Souika " que l'on essaie de restaurer de nos jours ...

En bordure du gouffre se sont rassemblées les tanneries artisanales qui produisent ces cuirs fins et spongieux appelés " filali «, qui servent à tout un petit peuple industrieux de brodeurs sur cuir, faiseurs de portefeuilles, de porte-talismans et fabricants de babouches multicolores.

Enfin, le dernier-né des ponts, réduction de la grande passerelle de Sidi M'Cid : la Passerelle Perrégaux, qui a dû être complétée par un ascenseur pour faciliter l'accès à la Rue Nationale, à la hauteur de la Grande Médersa aux riches coupoles couvertes de carreaux de faïence verte dont le vernis brille au soleil.

L'intérieur de la Médersa est un véritable palais oriental moderne dont le charme réel réjouit la vue par la profusion des marbres, des carrelages multicolores, des boiseries de cèdre sculpté et finement dentelé ; un jet d'eau égrène sa chanson monotone dans une vasque entourée de petits palmiers. Les bureaux et les salles d'étude donnent tous sur l'immense hall d'entrée fermé par une lourde porte monumentale ...


La Passerelle Perrégaux - La Médersa

Notes

F. Arnodin fut l'architecte des Passerelles Sidi M'Cid et Perrégaux.

Par/de A. Bianco

Publié le 28 août 2018 par Michèle Pontier-Bianco sur  Algérie mon beau pays



04/09/2018
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