CHAOUKI-LI-QACENTINA

CHAOUKI-LI-QACENTINA

Le sud algérien sur les timbres-poste (4e partie)

Le Touat, le Gourara et la Saoura, pays des ksour et des foggaras

 

Très loin du nord de l’Algérie, envahi par une dangereuse pollution urbanistique et écologique, où il est très rare de dénicher des espaces non contaminés par le béton et où le taux d’air pur, sans métaux lourds, est très proche du zéro, on préfère s’évader vers le Grand erg occidental (GEO), au fin fond du Sahara. Une évasion salutaire vers une région qu’on ne retrouve pas malheureusement dans les manuels de géographie «officielle», et rarement sur les catalogues en papier glacé des agences de tourisme.

C’est au sud-ouest de cette vaste «mer» de dunes s’élevant à 300 m d’altitude, parcourue depuis des siècles par des caravanes entre des oasis enfoncées dans le sable, que s’étend la région du Touat (qui veut dire en langue berbère «localité habitée»), située en plein centre de la wilaya d’Adrar.

Malgré tout ce qui a été dit et écrit sur cette région et ses immenses richesses architecturales, culturelles, naturelles et patrimoniales, ses ksour, ses forteresses et ses foggaras, elle a très peu intéressé les concepteurs de timbres-poste en Algérie. Les rares villes et oasis du Touat qui auront la chance de figurer sur des vignettes postales se comptent sur les doigts d’une seule main. Sur les dizaines de ksour construits durant des siècles dans la région, on ne retrouve que celui de Sidi Ouali à Tamantit, sur un timbre émis le 17/2/2002 et dessiné par Kamreddine Krim.

Comme le veut une vieille «tradition philatélique» chez nous, ce sont les célébrations qui font sortir les lieux de l’anonymat. Ce sera le cas de la région de Aïn Hammou, à Tinerkouk, illustrée par Sid Ahmed Bentounès sur une vignette parue le 20/9/2006 à l’occasion de l’Année internationale des déserts et de la désertification.

Le seul fait inédit pour le Touat sera l’émission en 2014 dans la série «Art préhistorique» d’un timbre portant la fameuse «Tête de bélier», découverte à Tamantit et conservée au Musée du Bardo. Une pièce inédite, puisqu’il s’agit de la première sculpture découverte dans le Sahara central en 1905 par le capitaine Martin.

Tout comme le Touat, le Gourara, un ensemble d’oasis situé plus au nord, avec pour capitale Timimoun, demeure très peu représenté dans le catalogue philatélique algérien. On ne retiendra que deux pauvres timbres. L’un illustrant un hôtel à Timimoun, émis le 9/3/1989 sur un dessin d’Ali Kerbouche, et l’autre sur la Casbah du ksar Ighzer, sorti en 2002 dans la série des ksour.

Située à la limite ouest du GEO, la région de la Saoura ne fera pas aussi l’exception. Bien que la première figurine représentative de cette région remonte au 15/12/1993, avec l’apparition du site touristique de Kerzaz, situé à 300 km de Béchar, abritant la célèbre zaouïa de Sidi Ahmed Ben Moussa qui serait le descendant d’Ali Ibn Abi Taleb et Fatima Zohra, fille du prophète, elle sera suivie d’une seconde, sortie en 1998, représentant l’oasis de Taghit, puis d’une troisième ayant pour sujet l’oasis de Beni Abbès, d’après une photo de Yann Arthuys Bertrand, émise en 2006.

Une année plus tard, un timbre sera consacré enfin au fameux ksar de Kenadsa, dans l’agglomération située à 20 km à l’ouest de Béchar. Un édifice qui remonte à plus de huit siècles et plus connu par sa mosquée millénaire et sa Casbah, et qui sera classé patrimoine national. Le plus étrange dans toute cette série de ratages historiques demeure l’absence durant des décennies de la moindre émission sur le système d’irrigation plus connu par les foggaras.

Un mode d’irrigation original, inventé selon des historiens bien avant le xe siècle et qui donne aux oasis du Touat et du Gourara une spécificité faisant leur célébrité à l’échelle mondiale. Bien tardivement, les foggaras du Gourara et du Touat apparaîtront en 2018 dans une émission signée Zineb Bahri célébrant la décennie internationale ayant pour thème «L’eau pour le développement durable».

Mais la plus belle des consolations «philatéliques» sera tout de même l’émission le 18/5/2010 d’un timbre original consacré à l’Ahellil du Gourara, dessiné par K. Sadoune. Une belle reconnaissance pour ce genre musical et poétique algérien, véritable trésor culturel ancestral emblématique de cette région, pratiqué lors de fêtes religieuses, des mariages et des manifestations locales.

L’émission, survenue deux ans après l’inscription de l’Ahellil du Gourara sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, est passée quasiment inaperçue, en pleine euphorie footballistique suite à la qualification «historique» de l’Algérie au Mondial sud-africain, après la «bataille» d’Oum Durman, dont les retombées ne cessent de faire l’actualité jusqu’à nos jours.

Par/ Arslan S.

El Watan



22/11/2018
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 57 autres membres