CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Les tunnels du Boulevard de l'Abîme


Tunnel du Boulevard de l'Abîme - Pierre noire sur Canson - 28 cm x 22 cm

Le boulevard et ses tunnels (qui furent construits en 1916), étaient pour nous une agréable promenade pour rejoindre, depuis la ville, le Pont Suspendu (Passerelle Sidi M'Cid) ou ... l'Hôpital. Après l'aveuglante lumière du boulevard, s'engouffrer dans l'ombre de ces tunnels ne risquait pas d'inquiéter les claustrophobes ! En effet, cette œuvre formidable que représentait le percement, par l'homme, de ce gigantesque rocher, était aérée et éclairée en maints endroits qui semblaient  pensés pour une véritable mise en scène ! L'une des vedettes en était la Nature avec le cours d'eau : le Rhumel, le rocher de la ville, la verdoyante Vallée du Hamma et le ciel qui offrait les plus somptueux couchers de soleil aux teintes d'or et de feu, que j'aie jamais vus ! Trois éléments indissociables de notre vie là-bas !

Après les grands orages, il fallait venir là pour contempler et photographier les flots du Rhumel devenus tumultueux, sa couleur boueuse et la brume qui s'élevait au-dessus des cascades dans un grondement impressionnant.

L'une des ouvertures semblait un gigantesque théâtre car ses parois s'écartaient à la façon d'un rideau de scène, énorme et pétrifié. Le Monument aux morts, en majesté sur son promontoire rocheux s'offrait à nos yeux. La statue de la Victoire (reproduisant une statue romaine) le couronnait. Déesse ou reine, elle semblait contempler son royaume, depuis le Chettaba, pour aller jusqu'aux montagnes bleues de la Petite Kabylie à l'horizon. Une autre vedette : l'Homme qui avait construit ce monument superbe inspiré par l'arc de Trajan et les soldats qu'il glorifiait.

La Grotte des Pigeons nous semblait mystérieuse quand nous tentions d'en deviner le fond depuis la passerelle qui reliait deux tunnels. Elle avait son secret plus ou moins perdu : " la Porte du Vent " (Bab el Rouah). Ce passage qui la reliait à la Casbah était muré depuis longtemps.

Un autre souvenir planait sur les lieux, bien au-dessus de nos têtes : on pouvait localiser, de l'extérieur, le point le plus élevé de la Casbah : le " Rocher du Sac " (Kef Chekara). De là, on avait précipité, enfermées dans un sac, les femmes adultères. Les gêneurs en tous genres prenaient le même chemin ! Sinistre souvenir ! Mais les fantômes n'existent pas.

Vers la fin du parcours, une cage vitrée abritait l'ascenseur de Sidi M'Cid dont les pannes étaient mémorables ! Inauguré en 1934, on le devait à l'ingénieur Sabathier. Descendre dans ce puits de 165 m. creusé dans le rocher était assez angoissant ! On ne parlait pas trop, le cœur se serrait ! Deux fenêtres, au passage, nous rassuraient un peu mais elles étaient vite escamotées.  Arrivés en bas, dans le couloir malodorant aux murs carrelés de blanc, nous filions vite retrouver l'air libre.     

Le dernier tunnel débouchait sur une petite place où poussait un pin parasol, fortement incliné, que j'ai toujours vu et qui, apparemment, subsiste. Ce site pittoresque était surtout connu des Constantinois. Actuellement, l'Algérie s'ouvrant au tourisme veut l'exploiter. Photos et vidéos le révèlent sur Internet. Allez vite les rechercher !

Par/Michèle Pontier-Bianco

Source/ Les 4 éléments



07/08/2017
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