CHAOUKI-LI-QACENTINA

CHAOUKI-LI-QACENTINA

Site à (re)découvrir #3 : Constantine, l'autre ville sur un rocher

La ville millénaire qui doit son nom à l'empereur Constantin Ier regorge de surprises. Visite guidée.


Le pont Sidi M'çid à Constantine, en Algérie.  © Frédéric Soreau / Photononstop

La légende raconte que l'empereur Constantin, qui lui céda son dernier nom, disait de cette ville que c'est le « seul endroit au monde où l'homme est plus haut que l'aigle ». Perchée sur son Rocher (on l'écrit en majuscule pour définir la ville elle-même) à plus de 600 mètres, Constantine, l'antique Cirta capitale du royaume de Numidie, la Sarim Batim phénicienne, semble défier les vertiges, autant historiques que géologiques. Entourée par un profond canyon où rugit la rivière du Rhummel, Constantine compte parmi les plus anciennes villes du monde, contemporaine des Thèbes, Carthage, Rome ou Athènes, dolmens et outils préhistoriques marquent une présence humaine remontant à presque un million d'années !


Une vue du centre-ville de Constantine. © Adlène Meddi

À quelque 400 kilomètres à l'est d'Alger, surplombant les plaines jadis fertiles devenues ses banlieues bâties pour accueillir ses un peu plus d'un million d'habitants, l'ancienne capitale du roi numide unificateur Massinissa est aussi un centre universitaire important, avec sa grande université des sciences islamiques, témoin de l'activisme réformateur des oulémas nationalistes du début du XXe siècle, et son autre grand pôle : l'université des Frères Mentouri, une des plus prestigieuses facs algériennes et africaines.

Et pour mieux arpenter cette « ville fantastique, quelque chose comme l'île volante de Gulliver », pour reprendre Alexandre Dumas, voici les incontournables stations pour percer le mystère de ce nid d'aigle dont la légende (encore) raconte qu'elle a subi vingt-huit sièges.


La mosquée Emir Abdelkader à Constantine, en Algérie. © Adlène Meddi

La Médina, pleine de surprises

La vieille ville à proprement parler est un ensemble de vieilles bâtisses serrées, encerclées sur ses 4/5e par d'abruptes falaises. Classée en 1990 patrimoine national et regroupant pas moins de 3 000 commerces, cette casbah aux toitures de tuiles rouges souffre de la dégradation urbaine en raison de la pression démographique. Mais elle surprend par la vitalité de ces marchés colorés où l'on trouve des échoppes où manger les plats traditionnels, des cafés célèbres, comme le café Nedjma, rendez-vous des intellectuels d'antan et des nationalistes algériens. Il faudra aussi visiter le marabout Sidi Rached accroché à la falaise et Djamaa El Kebir (« la grande mosquée », datant du XIIIe siècle).

Le ­palais d'Ahmed Bey, au cœur de la résistance


À l'intérieur du palais Ahmed Bey à Constantine, en Algérie. © Adlène Meddi

Au détour des ruelles de la vieille ville, on débouche sur cette merveille nichée dans l'écrin du chaos urbain : récemment restauré, le sublime palais du dernier Bey de Constantine, Hadj Ahmed Bey Ben Mohammed Cherif (mort en 1851), rare notable ottoman à avoir mené la résistance contre la conquête française durant douze ans avant sa reddition en 1848. Jardins et fontaines de marbres, salles de réception aux décors turco-algériens du XVIIIe siècle, patio baigné par une lumière douce : l'édifice respire l'histoire et le raffinement. Mais la pièce la plus surprenante reste cette polychromie de plus de 2 000 mètres carrés relatant le voyage d'Ahmed Bey (vers 1818) vers les lieux saints de l'islam : on y distingue le point de départ, vers l'actuel pont Sidi Rached, puis Tunis, La Goulette, Tripoli, Alexandrie, Le Caire puis l'Île de Djebel Hassan en Arabie saoudite ; on y distingue quarante-quatre étendards, trois mosquées, soixante-dix espèces d'arbres, trente-six voiliers, soixante-six frégates, de nombreuses maisons et différents types de bâtisses simples ou surmontées de dômes, soixante-neuf minarets, cinquante-cinq coupoles, centre trente-quatre palmiers, plusieurs expressions écrites dont vingt-trois seulement sont lisibles, quatre espèces d'oiseaux, sept moulins à eau et à vent et quatre palais !

Les ponts, architectures quasi naturelles


Le pont des chutes à Constantine, en Algérie. © Adlène Meddi

Vous l'aurez deviné, le Rocher est lié au reste du monde par des ponts, au nombre de six : et quels ponts ! D'abord celui qui porte le nom du saint patron de la ville, Sidi Rached, impressionnant viaduc de 447 mètres porté par vingt-sept arches suspendues à une hauteur maximale de 107 mètres. Ensuite, le très atypique pont des Chutes, en contrebas de la falaise, au contact du coléreux oued du Rhummel, cet édifice fait partie du chemin des Touristes, promenade piétonne à flanc de falaise, fermée depuis 1958 à la suite d'inondations, et en cours de réhabilitation. Promenade qui partait d'un autre pont au nom tout aussi évocateur : le pont du Diable (appelé ainsi, dit-on, à cause du vacarme du torrentiel Rhummel). Remontons plus haut, à 150 mètres au-dessus du pont des Chutes, se balance l'impressionnant pont suspendu Sidi M'çid, inauguré en 1912 et reliant le boulevard de l'Abîme à l'hôpital de Constantine et le Monument aux morts. Citons ensuite le pont Al Kantara, à 125 mètres au-dessus du Rhummel : son emplacement marque l'un des plus anciens accès à la ville : c'est le lieu de presque toutes les tentatives d'invasions de Constantine.


Le pont de Sidi Rached à Constantine, en Algérie. © Michael Runkel / Robert Harding Premium / robertharding

Le boulevard de l'Abîme, une jolie traversée

Imaginez une rue donnant, à votre droite l'ancienne ville européenne et, à gauche, un gouffre de 100 mètres de profondeur qui s'ouvre sur l'horizon au-delà des plaines et du Rhummel qu'il surplombe. Le boulevard de l'Abîme gardera son nom, même si du temps des colons ont le baptisa boulevard Joly-Brésillon, et qu'après l'indépendance algérienne il porte le nom du héros de la guerre de libération Zighoud Youcef. Le boulevard jouxte le vide vertigineux en remontant de la place centrale de la « Brèche » (appelée ainsi car c'est par cet endroit que les troupes françaises ont pu pénétrer en ville) pour vous mener vers le pont suspendu de Sidi M'çid : succession de vertiges pour le flâneur qui sait prendre le temps.


Le pont Sidi M'çid à Constantine. © Adlène Meddi

Quelques bonnes adresses pour découvrir (encore) Qsentina :

Dima Jazz : Constantine abrite, à la mi-décembre 2017, son 15e Festival international de jazz, l'un des plus réputés dans la région maghrébine et nord-africaine où se produisent les plus illustres noms mondiaux du jazz.

Musée Cirta : Le musée officiel de la ville, réputé pour sa collection historique hors norme. On peut se balader dans son jardin pour découvrir dans un cadre bucolique des pièces archéologiques surprenantes.

Monument aux morts : Perché sur un rocher en face de la ville depuis 1918 pour rendre hommage aux 800 soldats musulmans, juifs et chrétiens natifs de Constantine et morts durant la Grande Guerre, cet arc de 21 mètres de hauteur surplombe la falaise qui tombe à pic sur le Rhummel 635 mètres plus bas.

Médias Plus : Cette librairie au centre-ville a été l'une des rares à organiser des rencontres avec des auteurs et des rendez-vous culturels au pire des années 1990 et de la violence islamiste. Tenue par un passionné des livres (et de sa ville), Yacine Hanachi, ex-journaliste et éditeur, l'espace offre le meilleur de la littérature en ville.

Maison Azzi : La plus illustre des maisons de la couture traditionnelle constantinoise est aussi un musée unique en son genre pour traverser les âges de la ville et les usages vestimentaires des Ottomans à nos jours.

Djebel ElOuahch : Quittez la ville pour un grand bol d'air du côté de la « montage de l'ogre » ! Ce massif dominant Constantine à l'Est offre de beaux bois de chêne de liège, quatre lacs artificiels, de belles pinèdes et de superbes panoramas sur tous les environs immédiats du Rocher.

PAR/ADLÈNE MEDDI

Le Point Afrique



03/08/2017
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 57 autres membres