CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Figures de la résistance populaire sur les timbres

Cheikh Belhaddad, une histoire méconnue


Il y a exactement dix ans, le mausolée de Cheikh Belhaddad a été inauguré à Seddouk Oufella, à 65 km au sud-ouest de Béjaïa. Un événement majeur tant attendu depuis des décennies par la population de cette région, pour rendre hommage à un homme dont l’histoire a subi les pires injustices.

Ce mausolée, qui devait voir le jour depuis longtemps, était indispensable pour abriter les ossements de Cheikh Belhaddad et de son fils, Aziz, rapatriés le 3 juillet 2009 depuis le cimetière central de Constantine vers leur terre natale à Seddouk Oufella. Une manière d’exaucer un vœu qui remonte au 29 avril 1873.

L’événement, médiatisé à l’époque, a permis de lever le voile sur l’histoire d’une grande figure de la résistance contre l’occupation française, qui demeure encore occultée de nos jours.

Une histoire extraordinaire qui mérite d’être enseignée dans les lycées et les universités algériens. Il a suffi d’une simple cérémonie d’inauguration d’un mausolée, pour qu’on s’aperçoive que Cheikh Belhaddad et ses fils, M’hamed et Aziz, ont écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de l’Algérie.

La Poste algérienne, qui a commis des ratages incomparables en tournant le dos durant des décennies à la résistance populaire contre l’occupation française entre 1830 et 1914, s’est rattrapée par l’émission d’un timbre en hommage à Cheikh Mohamed Ameziane Belhaddad, dessiné par Sid Ahmed Bentounes et sorti le 8/4/2007, avec une séance de vente spéciale à la poste de Seddouk.

Cette date correspondait aussi à l’anniversaire du soulèvement du 8 avril 1871 en Kabylie. Cette émission sera la deuxième du genre, après celle consacrée en 2001 aux résistances de Cheikh Bouamama et Cheikh El Mokrani. Une biographie établie par son arrière-petit-fils, Si Ahmed Belhaddad, révèle que Cheikh Mohamed Ameziane Belhaddad est né au village de Seddouk Oufella, dans la wilaya de Béjaïa, vers 1790.

Après avoir fréquenté l’école coranique fondée par son père, il poursuivra sa formation dans la zaouïa des Chechtoula, à Aït Abderrahmane, se consacrant à l’étude du soufisme et des principes de la Tariqa Er-Rahmania, sous les auspices de Cheikh Ali Benaïssa.

Très doué, l’étudiant Belhaddad deviendra lui-même mokadam de la Tariqa Er-Rahmania. De retour à Seddouk, il sera choisi par la population comme imam et enseignant à la mosquée du village. Sa rencontre avec El Mokrani marquera une page de l’Histoire de l’Algérie, quand les deux hommes choisiront de mener ensemble le combat contre l’occupation française.

Le 8 avril 1871, au marché de Seddouk, devant une immense foule, Cheikh Belhaddad prononcera sa phrase célèbre : «Avec la volonté de Dieu, nous jetterons les colonisateurs à la mer, comme je jette ma canne par terre.» Des centaines de milliers d’hommes seront engagés dans cette guerre sainte menée par ses fils M’hamed et Aziz.

Après des semaines de durs combats, Aziz et M’hamed se rendent le 30 juin 1871. Le 13 juillet 1871, à Seddouk, le Cheikh fut mis en résidence surveillée. Cheikh Belhaddad et ses deux fils seront jugés au tribunal de Constantine du 10 mars au 21 avril 1873.

Le père sera condamné à cinq ans de prison. Ses deux fils seront déportés au bagne de Nouvelle-Calédonie. Cheikh Belhaddad décèdera le 29 avril 1873 à la prison du Coudiat de Constantine, à l’âge de 83 ans. Il avait émis le vœu d’être enterré dans son village natal. Un vœu qui ne sera pas respecté par l’administration française. Cheikh Belhaddad sera enterré par la population locale et les adeptes de la Tariqa Er-Rahmania au cimetière central de Constantine.

Après 136 ans, Cheikh Belhaddad et son fils Aziz sont retournés à Seddouk Oufella. Une troisième tombe sera érigée symboliquement dans le même mausolée pour M’hamed, porté disparu, après son évasion du bagne de Nouvelle-Calédonie. Une autre histoire qui demeure encore méconnue. Elle mérite bien d’être révélée un jour.

Par / S. ARSLAN 

Le 11 JUILLET 2019

El Watan



13/07/2019
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