CHAOUKI-LI-QACENTINA

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Le Palais du Bey (II)


Femme rêvant ... (Etienne Dinet)

Entre deux grands jardins se trouvait le Kiosque, pavillon qu'affectionnait Ahmed Bey. Cette vaste pièce de quatorze mètres sur six, éclairée par douze fenêtres que pouvaient obturer des vantaux aux petits miroirs chatoyants, constituait le cœur du Palais et un excellent observatoire pour surveiller le Harem. Il y avait beaucoup de femmes dans le palais et dans la vie du Bey, mais l'histoire n'évoque pas Casanova ou Don Juan. (Anne, ma sœur Anne ...).

Sur 385 femmes, on comptait quatre épouses légitimes, sa mère et des servantes africaines. En majorité, elles étaient, comme des objets d'art, soit achetées sur les marchés aux esclaves, soit trouvées dans les maisons où l'on réquisitionnait lesdits objets d'art. C'était ainsi dans les temps anciens.

Autres temps, autres mœurs ...

Le seigneur et maître surveillait toutes ces femmes car il redoutait de leur part, des bavardages, des complots, ou des moqueries qu’elles auraient pu faire à ses dépens ! En réalité, c'était difficile puisqu'elles étaient séparées. Cela aurait pu coûter très cher à celle qui s'y serait risquée : il y eut des exemples ... Il eut comme favorite Aïcha, une belle Italienne prise à Chio ou sur les côtes de l'Italie. Par miracle son frère Agostino, enlevé lui aussi, apprit ce qu'elle était devenue et il demanda au Bey la permission de la voir, ce qui lui fut refusé. Il eut le tort d'insister lourdement : il fut supprimé.


Le Palais du Bey

 


Le Palais du Bey

 

Le kiosque était orné de remarquables colonnes de marbre, octogonales à la base puis torses jusqu'aux chapiteaux. Elles formaient trois rangées d'arcades devant le pavillon ; une vasque y fut un temps puis on la déplaça dans le jardin des orangers, elle avait causé des problèmes d'humidité. On a pu remarquer que des " tirants " étaient placés entre les montants des arcades. Leur fonction principale était de neutraliser les poussées divergentes exercées par les arcs mais ils servaient également de supports pour des tentures. 

En 1835, pour la seule et unique fois, le Palais fut ouvert au public. Les femmes ayant été reléguées, les Constantinois purent admirer les jardins où se promenaient biches et paons, il y eut de la musique, des illuminations partout.

Les femmes étaient parfois réunies, pour une " revue de détail " au cours de laquelle le Bey leur offrait des objets de nécessité ou des parures et des babioles. Parfois aussi pour des concerts à l'issue desquels il offrait sa pipe à celle qu'il avait élue pour un soir : elle la lui rapporterait faisant ainsi bien des jalouses !

Le Kiosque devint plus tard le bureau du Général commandant la Division. Dans le vestibule, on plaça une plaque rappelant l'ancienne mosquée de Souk-El-Ghzel qui était englobée dans le palais et qui devint la Cathédrale que nous connaissions. Ailleurs une autre plaque datant de 1865 rappelle que sa Majesté Napoléon III avait logé en ces lieux les 28 et 29 Mai et les 3 et 4 Juin cette année-là.  Le Bey habita peu d'années son palais ; à l'entrée des Français il refusa de faire sa reddition et se déplaça sans cesse. En 1848, à Alger, il accepta finalement cette nouvelle vie mais mourut en 1851. Il n'avait emmené que ses épouses avec lui ; Aïcha resta avec les autres femmes   puis épousa un Français.


Les fameuses colonnes sous un riche plafond

Et maintenant ...


A________________________________________________________

 

 Voilà la nouvelle dénomination du Palais de Ahmed Bey. (Mais les anciennes appellations ont souvent la vie dure !)

C'est une excellente idée d'avoir fait de ce palais, un musée gardien des traditions ; il regroupait tant de merveilles qu'il était destiné à cela ! La rénovation dura des années avec bien des incidents de parcours mais il faut rendre hommage à la persévérance. Après 2010 on pouvait déjà dire que les travaux étaient en très bonne voie et 2015 devait voir Constantine comme capitale de la Culture Arabe. Le Palais-Musée (meublé et décoré grâce à des dons ou des objets venus du Musée Cirta) est devenu pôle d'attraction pour le Tourisme et l'on ne peut que s'en réjouir.

Par / Michèle Pontier-Bianco

Les 4 éléments



04/09/2018
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