CHAOUKI-LI-QACENTINA

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PORTEFAIX, RAMONEUR, CONCIERGE, DINANDIER, GUESAÂ, DEBAGH…

La dinanderie actuellement regroupée au niveau du quartier «Le Bardo» est menacée d’une part par le prix du kilogramme de cuivre qui ne cesse de grimper et d’autre part par le réaménagement que risque de subir ce quartier

Ces métiers oubliés

Certains métiers sont si pénibles et si peu rémunérateurs qu’ils n’attirent plus de candidats et de fait avec le temps «s’éteignent» comme une chandelle à Constantine. Pourtant le chômage bat son plein mais les jeunes d’aujourd’hui préfèrent flâner les cheveux enduits de gel, des baskets à plus de 5 000 dinars aux pieds, les oreilles «bouchées» par un kit piéton, une cigarette aux lèvres plutôt que de mettre la main à la pâte et apprendre des métiers si pénibles soient-ils permettant de gagner honnêtement sa vie à la sueur de son front; c’est du moins un constat, car en tentant de nous souvenir de certains de ces métiers, nous avons constaté qu’ils ont disparu.

Le premier métier, celui de portefaix, c’est-à-dire homme dont le métier est de porter des charges, mieux connu sous le vocable arabe de «hamel», a en tant que tel complètement disparu. Les rares spécimens subsistant sont au niveau de la rue larbi Ben M’Hidi, à proximité des grossistes. Ils rendent service aux riverains en ramenant leur sac de semoule à domicile ou au niveau des différents marchés pour la manutention des différents cageots de fruits et légumes. Sinon ce métier a totalement évolué. Facilement identifiable dans les années 50 par un sac de toile de jute porté sur la tête et une grosse corde sur les épaules, il s’est petit à petit métamorphosé en s’équipant d’abord d‘un «diable», petit chariot à deux roues basses servant à transporter les fardeaux puis d’un triporteur, un Goldoni en zone rurale, et en ville une Laambretta cycles à trois roues dont deux à l’arrière munis de caisse pour transporter des marchandises et enfin le fourgon dernier cri.

Aujourd’hui le portefaix s’appelle transporteur. Muni d’un portable comme outil de travail, il se contente simplement de vous ouvrir la portière de son fourgon. Il vous appartient de charger et de décharger vous-mêmes vos affaires. La partie la plus pénible reste liée aux chantiers où il faut transporter ciment, gravier, faïence, briques… à la force des bras mais là, et pour attirer la main d’oeuvre, le paiement se comptabilise à la pièce : par sac de ciment, par brique… Métier ô combien indispensable à l’approche de l’hiver, le métier de ramoneur très peu répandu et méconnu qui consiste à nettoyer un conduit, un appareil de la suie qui s’y est déposée à l’aide de brosses spéciales car il n’y a pas plus salissant que la suie. Mais voilà, beaucoup de gens rattachent ce métier à celui de plombier ou de chauffagiste et se découragent très vite car n’ayant pas frappé à la bonne porte alors obligés d’allumer leur chauffage à cause du froid, ils remettent l’opération de ramonage à l’été prochain, oubliant que la suie continue de s’accumuler et que les conduits finissent par se boucher et renvoyer ainsi les gaz toxiques dans l’appartement.

Ce métier est donc indispensable.

Il mériterait d’être plus développé et mieux connu par le biais de spots publicitaires.

Le métier de femme de ménage peut quant à lui être partagé au moins en trois catégories : les femmes qui travaillent chez une famille, celles activant au sein d’une société nationale ou une entreprise privée spécialisée dans le nettoyage et enfin celles qui essaient de gagner leur vie en nettoyant les escaliers des immeubles. Ce sont ces dernières qui, rencontrent le plus de difficultés et qui seraient «en voie d’extinction». En

l’absence de concierge ou de syndic, elles sont obligées de faire du porte à porte pour être payées ou se faire remplir un seau d’eau et sont généralement très mal accueillies car elles «tombent toujours au mauvais moment» et doivent de fait subir la mauvaise humeur des locataires.

Dans un immeuble la situation juridique des logements, bureaux ou magasins qui le composent est hétéroclite : propriétés, en location, en sous location, fermés à cause de problèmes d’héritage… Ce qui fait que les gens arrive rarement à s’entendre pour une action commune. En pâtissent alors les femmes de ménage qui devant la méchanceté de certains locataires finissent par se décourager et abandonnent ces immeubles que la saleté ne tarde pas à envahir.

Le métier de concierge s’est quant à lui dissout avec la mise en application de la loi sur la rétrocession des logements.

Tous les concierges sont devenus propriétaires des logements qu’ils occupent et ont de suite «démissionné» d’une fonction qu’ils n’avaient au départ accepté qu’à cause du logement.

La dinanderie, travail artistique du cuivre, produisant de véritables chefs d’œuvre (plateaux, carafes, bassines…) et actuellement regroupée au niveau du quartier dit «Le Bardo» est menacée d’une part par le prix du kilogramme de cuivre qui ne cesse de grimper et d’autre part par le réaménagement que risque de subir ce quartier. Si les dinandiers sont déplacés de Bardo, on peut dire adieu à la dinanderie au niveau de

Constantine. Travail de patience, il attire de moins en moins de jeunes.

Réclamant beaucoup plus de patience, mais beaucoup moins bien rémunéré, le métier de sculpteur sur marbre a, à notre connaissance, un seul représentant au niveau de la rue Bendjellit à une centaine de mètres du cimetière central.

Mais ce métier lui aussi n’a pas «la cote» auprès des jeunes.

Il en est de même pour la «réparation des gasaâs», véritable art en voie de disparition dont, certainement le dernier représentant, est d’un âge très respectable et dont le local se situe derrière l’ex-Monoprix. La «gasâa» grand récipient en bois dur et lourd grâce auquel les femmes roulaient le couscous où pétrissait la pâte. Ces récipients sont actuellement usinés et une «gasâa» fêlée à la suite d’un choc sera bonne pour la poubelle puisqu’il n’y aura plus de réparateur.

Lorsqu’on sait que ce genre de récipient coûte entre 3 000 et 7 000 DA alors mesdames attention aux chocs. Certaines mauvaises langues diront que de toutes façons la «guesâa» a été remplacée par le pétrin électrique et que le couscous n’est plus roulé à la maison mais en usine. Effectivement, Constantine a déjà perdu ses «dar debagh» grands bassins dans lesquels on lavait la laine avant de la teindre, ses cafés maures où l’on préparait un certain café dénommé «djezoua».

À Constantine, on ne file plus la laine car on a jeté les quenouilles, et on a aussi jeté les «métiers à tisser» en disant adieu aux burnous et aux «kachabias» que l’on tissait à domicile. En revanche qu’avons-nous créé, rien, si ce n’est des gardiens de voitures et des revendeurs de portables», des commerçants informels en puissance et il faut le croire, un vendeur de chaussettes devenu élu à l’APC, cela reste peut –être de la fiction, mais c’est authentique. Alors, cherchez les chômeurs… Il n’y en aura pas d’ici la saint gliglin….

El-Hadi Boucherit



13/12/2010
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